Une famille pendant la période de Noël

Le moment le plus magique de l’année mais aussi l’un des plus stressants

Pour de nombreuses personnes dans le monde, l’approche des fêtes de fin d’année est le début d’une période particulièrement stressante. La recherche du cadeau idéal et les préparatifs de Noël, les gares et aéroports bondés qu’il faut affronter pour se rendre chez ses parents ou amis et les pressions qui s’exercent au travail pour terminer les projets en cours avant la pause de fin d’année, sont autant de facteurs menant au surmenage. 

Aux incontournables préparatifs s’ajoutent les lumières incandescentes et les sempiternelles chansons de Noël, la proximité avec les membres de la famille et les proches, les trop souvent inévitables divergences d’opinion, les tensions sur le budget et des attentes souvent trop élevées. Tout cela contribue à augmenter les niveaux de stress.  

L’impact du stress peut être sévère et le stress chronique peut nuire à la mémoire à court terme1, provoquer des troubles cardiovasculaires2, perturber le sommeil, causer de l’insomnie3, et affecter le système immunitaire4. Ces problèmes de santé sont une cause de préoccupation, surtout pendant les fêtes de fin d’année, sachant que nous sommes nombreux à être stressés et incapables de se détendre et de décrocher.

Nous savons aujourd’hui que le stress peut être lié à plusieurs facteurs physiologiques et aux hormones de l’axe hypothalamo-hypophysaire, qui peuvent agir entre autres sur la digestion, le système immunitaire, l’humeur et les niveaux d’énergie. Il semble même, selon certaines données préliminaires que l’exposition prolongée à des facteurs de stress peut altérer l’ADN que les parents transmettent à leurs enfants, ce qui les rend plus susceptibles au stress.

Stress et industrialisation

Bien que les êtres humains aient toujours souffert de ce que nous appelons aujourd’hui le stress, ce n’est qu’au cours de la première moitié du XXe siècle que l’endocrinologue canadien d’origine hongroise Hans Selye se penche pour la première fois sur la nature biologique de ce phénomène et qu’il forge le terme
« stress »  - du latin stringere qui signifie «rendre raide», «serrer», «presser». Hans Selye a montré  que le stress persistant pouvait amener les animaux à développer des maladies similaires à celles observées chez les humains, en particulier des accidents cardiaques, des accidents vasculaires cérébraux et des maladies rénales.

Hans Selye a commencé ses recherches à la fin d’une période - échelonnée sur une durée de 50 ans - caractérisée par l’exode des populations rurales vers les villes.  Aux États-Unis, la proportion d’urbains a doublé entre 1880 et 1930, date à laquelle ils représentaient plus de la moitié de la population. Cette urbanisation était l’aboutissement  de l’essor du travail mécanisé en usine qui avait commencé à supplanter l’agriculture comme principale source d’emploi dans les pays occidentaux à la fin du XIXe siècle.

Alors que le travail en usine est devenu de plus en plus régimenté sous l’effet de plans d’efficacité, les pressions exercées pour augmenter la productivité se sont accompagnées d’une hausse du niveau de stress, un phénomène illustré de façon mémorable par Charlie Chaplin dans la célèbre scène de son film Les Temps modernes de 1936, où, incapable de suivre la cadence infernale de la chaîne de montage, il finit happé par ses immenses rouages.

Technologie et stress

Les modes de vie ont évolué au cours des dernières décennies. Nombre d’entre nous sommes rivés sur nos téléphones, à constamment vérifier nos mails et nous connecter sur les réseaux sociaux. Et lorsque les mails et les chats laissent les impératifs professionnels s’immiscer dans notre vie personnelle, rien de surprenant à ce que cela augmente notre stress.

Les technologies mobiles, censées nous faciliter la vie, augmentent aussi le stress, surtout chez les personnes qui ne se « déconnectent » jamais de leurs écrans. Selon les observations les plus récentes5, il semblerait en effet que nous consultons beaucoup trop souvent nos téléphones, au point d’ignorer les personnes directement face à nous. Les réseaux sociaux se transforment en addiction chez ceux et celles qui décrochent rarement de leurs écrans et de leurs tablettes ou téléphones, ce qui les amènent à consulter compulsivement les applications comme Facebook, Twitter et autres, ainsi que leurs messageries professionnelle et personnelle.

La culture peut jouer un rôle dans la manière dont le stress est vécu et géré dans différents pays. Ainsi, l’enquête Self-Care : Be Your Best*  que nous avons menée en 2018 a révélé que 60 % des salariés souffrant de stress se présentent à leur travail plutôt que de prendre une journée maladie. Un cinquième des personnes interrogées indiquent que ce cas de figure se répète plus de dix fois par mois – ce qui signifie qu’elles sont stressées la moitié du temps et que cela peut avoir un impact sur leur santé et leur productivité.  L’étude a montré que 66 % des sondés aux États-Unis souffrent de stress au moins une fois par mois, contre 42 % au Japon. Aux États-Unis, 28 % des personnes interrogées déclarent se présenter stressées au travail 10 fois ou plus par an, contre 19 % des Japonais.

Cette étude a aussi révélé que dans les neuf pays où elle a été conduite, le stress est le phénomène qui a le plus d’impact au travail, 73 % des personnes souffrant de stress à une fréquence hebdomadaire ont déclaré que cela avait un impact important sur leur humeur générale, comparativement à d’autres petits maux du quotidien comme les allergies, la toux, le rhume ou les maux de tête. 

Stress, automédication et « self-care »

Selon une étude d’une durée de 75 ans consacrée au développement de l’adulte menée par des chercheurs de l’Université Harvard, la recette du bonheur se trouve dans la qualité des relations humaines et leur authenticité .  Ainsi, les individus les plus connectés à leur famille, à leurs amis et à leur cercle social sont non seulement plus heureux mais aussi en meilleure santé, tandis que les personnes isolées sont moins heureuses et vivent moins longtemps.  

Les fêtes de fin d’année sont l’occasion de faire une pause de réseaux sociaux pour renouer avec les siens et cultiver ses amitiés.

Références

* Les participants de cette étude vivaient en France, en Allemagne, en Italie, au Brésil, au Mexique, aux États-Unis, en Australie, au Japon et en Russie, et ont été interrogés sur les petits maux du quotidien : maux de tête, douleurs abdominales, douleurs menstruelles, maux de dos, diarrhée, constipation, indigestion, toux, rhume, allergies, problèmes de sommeil et stress. L’intervalle de confiance des résultats est de 95 %.

1 Habib Yaribeygi et al. 2017. “The impact of stress on body function: A review.” EXCLI J. Vol. 16: 1057–1072. doi:  10.17179/excli2017-480
2 J. E. Dimsdale. 2008. “Psychological Stress and Cardiovascular Disease.” J Am Coll Cardiol. Vol 51: 1237–1246. doi: 10.1016/j.jacc.2007.12.024
3 Meerlo P., Sgoifo A., and Suchecki D. 2008. “Restricted and disrupted sleep: Effects on autonomic function, neuroendocrine stress systems and stress responsivity.” Vol. 12: 197-210. doi: 10.1016/j.smrv.2007.07.007
4 Dhabhar F. 2014. “Effects of stress on immune function: the good, the bad, and the beautiful.” Immunol Res. Vol. 58:193-210. doi: 10.1007/s12026-014-8517-0.
5 https://www.apa.org/news/press/releases/2017/02/checking-devices.aspx
6 https://news.harvard.edu/gazette/story/2017/04/over-nearly-80-years-harvard-study-has-been-showing-how-to-live-a-healthy-and-happy-life/

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