Une femme scientifique travaillant dans un laboratoire

Les essais cliniques : pour que chacun puisse devenir un héro



Par le Dr Raolat Abdulai, Directeur de recherche clinique, Sanofi

Je suis devenu un héros par hasard. Le choix que j’ai été amené à faire il y a de cela plusieurs années m’a permis de sauver des vies.

Je ne parle pas de ma décision de devenir médecin, même si j’ai sauvé la vie de plusieurs patients à l’hôpital. Bien des années avant que je ne commence à étudier la médecine, j’ai pris une décision qui a fait de moi un héros bien que je ne m’attendais pas à en devenir un.

Tout a commencé par une petite annonce figurant sur un panneau d’affichage des National Institutes of Health à laquelle j’ai répondu. Il s’agissait d’une annonce pour le recrutement de participants dans un essai clinique. Comme de nombreux jeunes travaillant dans les laboratoires des NIH, je voulais gagner un peu d’argent et c’est ce qui m’a incité à y répondre.

Cette décision s’est révélée être bien plus qu’un moyen d’arrondir mes fins de mois. Elle m’a aussi permis de faire ma première incursion dans l’univers de la recherche clinique.

Pour la première étude à laquelle j’ai participé, j’ai dû passer deux heures dans un appareil d’IRM à regarder des vidéos. Certaines étaient drôles alors que d’autres étaient effrayantes. Pendant que je les regardais, les chercheurs scannaient mon cerveau pour identifier les régions cérébrales activées par les différentes émotions qui naissaient en moi.

Le lendemain, de retour dans mon laboratoire, une collègue m’a montré son bras. Il était entouré d’un film plastique transparent pour protéger les sites où on lui avait injecté des doses d’un médicament expérimental par voie sous-cutanée. Elle avait été recrutée dans une étude cherchant à évaluer une nouvelle méthode d’administration d’un ancien médicament, potentiellement plus sûre.

Nous avons tous les deux examiné son bras avec curiosité. Ni elle, ni moi ne nous considérions comme des héros. Et pourtant, c’est ce que nous étions devenus car sans étude clinique chez l’homme, les chercheurs ne pourraient jamais développer de nouveaux traitements, plus sûrs ou plus efficaces pour traiter les maladies et sauver des vies.

À l’approche de la Journée de sensibilisation aux essais cliniques, il est important de rappeler non seulement la valeur des recherches cliniques chez l’homme, mais aussi les sensibilités qu’elles ont soulevées par le passé. Certaines d’entre elles sont encore bien présentes dans notre mémoire à une époque où pourtant nous avons besoin de nouveaux héros.

La publication du Rapport Belmont, il y a 40 ans, a fait date dans l’histoire de la recherche clinique. Ce rapport était l’aboutissement de plus de quatre ans de recherches menées par la Commission nationale pour la protection des sujets humains dans le cadre de la recherche biomédicale et behavioriste formée en partie à la suite de l’étude de Tuskegee – une étude tristement célèbre et cruelle menée, sans leur consentement, sur des hommes afro-américains dans le sud des Etats-Unis --, dans l’espoir de ne jamais à avoir à répéter cette infamie ou d’autres recherches inappropriées. Le Rapport Belmont a profondément modifié la conduite des recherches sur des sujets humains et a établi trois grands principes éthiques :

  • Respect des personnes : reconnaître l'autonomie des personnes et protéger celles qui ont une autonomie diminuée.
  • Bienfaisance : ne pas faire de tort ; assurer le bien-être des participants en maximisant les avantages possibles et en minimisant les risques.
  • Justice : traiter chacun de manière équitable et répartir équitablement les bénéfices de la recherche.

 

Depuis, les essais cliniques sont de plus en plus encadrés et plusieurs des objectifs du Rapport Belmont ont été réalisés. Aujourd’hui, les volontaires aux essais cliniques sont davantage considérées comme des partenaires de la recherche, pleinement informés de leurs droits ainsi que des bénéfices et des risques potentiels de leur participation à ce type d’investigation. De plus, la recherche clinique obéit à un ensemble de règles et de règlements internationaux harmonisés visant à protéger la sécurité et le bien-être des participants, quel que soit le lieu et le pays où sont conduits les essais cliniques.

La « justice », en revanche, n’a pas encore été pleinement réalisée. En effet, il persiste un manque troublant de diversité parmi les participants aux essais cliniques. Trop peu de personnes comme moi y participent : les personnes de couleur, les membres de minorités ethniques sont en effet cruellement sous-représentés. Et, de ce fait, les résultats des essais cliniques sont biaisés et les bénéfices des nouveaux médicaments ne sont pas répartis équitablement dans la société.

Globalement, les Blancs représentent environ 78,6 % de l’ensemble des participants aux essais cliniques, un chiffre très largement supérieur à celui de la population dans son ensemble. Les Asiatiques ne représentent que 11,8 % des participants, tandis que les Noirs d’origine africaine ne représentent que 5,4 % des patients recrutés dans les essais cliniques. Cette disparité est encore plus flagrante dans les essais cliniques consacrés à certains domaines thérapeutiques. Ainsi selon la FDA, pour la période 2015-2016, les Afro-Américains n’ont représenté que 2,5 % des participants aux essais sur les maladies cardiovasculaires et 2,74 % des participants aux essais en oncologie.

Ce déséquilibre a de lourdes conséquences compte tenu de la prévalence des maladies cardiovasculaires et des cancers agressifs dans la population afro-américaine. Ainsi, la prévalence du cancer du poumon est 15 % plus élevé chez les hommes noirs et celle du myélome multiple, 2,5 à 3,5 fois plus élevée chez les hommes et les femmes noirs de moins de 50 ans que chez leurs homologues blancs (DeSantis, Miller, et al. 2019). Pourtant, nous savons que les femmes et les personnes de couleur peuvent répondre de manière différente à un même médicament en raison de leurs variantes génétiques (Coakley, Fadiran et al. 2012). Faute de diversité parmi les participants aux essais cliniques, nous avons peu de chance de comprendre les différences liées à la race, à l’origine ethnique et au sexe dans la réponse aux médicaments différences qui peuvent pourtant sauver des vies.

L’impact positif des inhibiteurs de la tyrosine kinase chez femmes asiatiques atteintes de certaines formes de cancer du poumon en est l’illustration. Ces médicaments ont permis d’obtenir une réduction de 26 % de la mortalité parmi les femmes asiatiques, comparativement à une réduction de 16 % chez les non-asiatiques (Becker, Wisnivesky, et al. 2017). Cette observation a été possible parce que des héroïnes se sont portées volontaires pour participer aux études consacrées à ces médicaments.

Comment donc parvenir à la justice, troisième principe éthique du Rapport Belmont, et s’assurer que chacun partage les bénéfices de la recherche ? Il faut pour cela encourager activement les minorités et en particulier les femmes à participer davantage aux essais cliniques et inciter les chercheurs et leurs partenaires à les mobiliser et à leur expliquer en quoi leur participation peut contribuer à la lutte contre les maladies dont elles sont victimes. Il faudra pour cela un effort dynamique et prolongé car la plupart de ces personnes ignorent que cela est aussi leur chance de devenir des héros.

J’ai eu de la chance : parce que je travaillais dans un laboratoire de recherche, la possibilité de devenir un héros s’est offerte à moi sur un panneau d’affichage. La décision de répondre à l’annonce pour gagner un peu d’argent m’a conduit tout à fait fortuitement sur le chemin de l’héroïsme. Mais nous ne pouvons compter sur ce genre d’heureuse coïncidence pour obtenir la diversité dont la science et la société ont besoin en termes de participation aux essais cliniques. Ce n’est que lorsque les membres de chaque communauté comprendront l’extraordinaire cadeau qu’ils peuvent faire à la société en participant à des essais cliniques et que nous leur donnerons la possibilité de choisir de devenir de nouveaux héros que nous réaliserons l’objectif de justice inscrit dans le Rapport Belmont et garantirons que les essais cliniques chez l’homme apportent des bénéfices à tous.

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