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Conversation avec…Karen Linehan, Vice-Président Exécutif, Affaires Juridiques et General Counsel

Quelle a été l’importance de votre famille dans le développement des idées qui sont les vôtres aujourd’hui ?

Ma famille a joué un rôle clé dans la définition de mes attentes personnelles. Mon père a eu une mère au caractère bien trempé qui était suffragette et qui a travaillé toute sa vie ; il a toujours dit qu’il n’aurait jamais réussi sans elle. Ma mère faisait partie d’une fratrie de neuf enfants qui comptait cinq filles. Comme elle était invalide, chacune de ses sœurs devait s’absenter de l’école un jour par semaine à tour de rôle pour s’en occuper. Ma mère n’a jamais voulu que ses propres filles soient confrontées à la même situation ; elle a toujours tenu à ce que nous puissions avoir accès à toutes les opportunités. Mon père était enseignant, si bien que l’éducation était primordiale ;  mes parents étaient très attachés à notre réussite scolaire. Ils ne faisaient aucune différence entre les garçons et les filles. On pouvait tous pratiquer un sport et nous savions tous faire la cuisine.

Vous vous destiniez à une carrière dans l’enseignement. Que s’est-il passé ?

Lorsque j’étais petite, je voulais en fait devenir pompier, puis je suis tombée amoureuse de l’histoire et j’ai décidé d’être professeure d’histoire. Mais il faut bien reconnaître que l’histoire des États-Unis est relativement brève. Je ne suis pas sûre que j’aurais pu être professeure d’histoire en France. Un jour mon père m’a dit : « Nous avons beaucoup d’enseignants dans la famille, tu devrais envisager une carrière dans le droit. Tu poses beaucoup de questions et je pense que cela serait un bon choix pour toi. » J'avais probablement onze ou douze ans à l'époque et je ne pensais plus au lycée que je voulais fréquenter mais je voulais aller dans un établissement qui avait bonne réputation afin de pouvoir fréquenter une université de premier ordre, une école de droit au cas où.

J’ai fait une « American Studies Major », un programme qui permet d’étudier un peu de tout. Je dis toujours à ceux qui m’entourent que c’est pratique pour échanger en société, mais cela ne veut pas dire que l’on possède une connaissance approfondie d’une discipline en particulier. Ce programme permet d’étudier l’économie, l’histoire et la littérature à travers le prisme de l’histoire américaine. C’est un excellent programme de l’Université de Georgetown.

Paris faisait-il partie de vos projets ?

J’ai toujours eu envie de vivre à l’étranger et je n’ai jamais pu le faire pendant mes années d’études. Avec Sanofi, ce rêve est devenu réalité. Je me suis installée à Paris il y a 22 ans. Ça n’a pas été facile. Lorsque je cherchais un appartement, je me souviens d’avoir été choquée de constater qu’aucun d’entre eux ne possédait une cuisine équipée et qu’il allait falloir que j’installe ma propre cuisine. Compte tenu de mes connaissances limitées du français, je savais que c’était impossible sans compter que je ne suis pas très manuelle. Alors j’ai choisi un appartement qui avait une cuisine équipée. L’autre chose qui m’a étonnée, c’est de voir que personne ne faisait la queue. Je peux le comprendre pour les femmes enceintes et les personnes âgées. Mais ici, personne ne fait la queue et j’ai eu du mal à m’y habituer.

Je suis issue d’une famille irlandaise catholique et nous ne sommes pas démonstratifs. Aussi j’ai été surprise que les gens se fassent la bise au travail. Ils vous disent vous et pourtant ils vous font la bise !

Une partie de votre rôle consiste à promouvoir la parité hommes-femmes chez Sanofi. Comment en êtes-vous arrivée à vous saisir de cette question ?

Je devais aller en Allemagne où on m’avait demandé d’évoquer mon parcours chez Sanofi. J’ai donc commencé à réfléchir aux modèles que j’avais autour de moi. Je me suis rendue compte qu’il n’y avait pas une seule femme et j’ai trouvé ça très choquant. Alors je me suis dit qu’il fallait changer cela pour la prochaine génération, qu’il fallait que nous soyons leurs modèles ; c’est ce qui me motive le plus. Je suis l’un des membres fondateurs du Gender Balance Board mais aujourd’hui je suis la seule à en faire encore partie. Nous nous sommes embarqués dans une véritable aventure et je dois dire qu’en 10 ans nous avons beaucoup accompli.

Trouvez-vous qu’il y a beaucoup de différence entre les États-Unis et l’Europe en ce qui concerne la parité hommes-femmes ?

En ce qui concerne la parité hommes-femmes, il faut bien reconnaître que tout a commencé en France. Ici, il y a une loi qui fixe un quota obligatoire de 40 % de femmes au sein des conseils d’administration. Une telle loi ne pourrait pas être adoptée aux États-Unis aujourd’hui. Je pense qu’il y a probablement plus de facilités ici. Il y a un bon système de crèches et il est normal que les femmes travaillent. Aux États-Unis, il faut encore parfois faire un choix. Si vous êtes d’un milieu socio-économique modeste, il est très difficile de ne pas travailler mais vous n’avez aucune infrastructure pour vous aider.

Qu’en est-il de la parité hommes-femmes dans votre propre vie ?

Mes parents se répartissaient assez équitablement les tâches. En ce qui concerne mon équipe, nous ne sommes pas très loin de l’équilibre parfait avec 49 %/51. J’en suis très fière. Nous encourageons autant les jeunes à faire des études d’ingénierie qu’à devenir chef. Ce que nous souhaitons, c’est que chacun puisse faire ce qui le rend heureux et lui permet de se réaliser.

Et lorsque vous n’êtes pas juriste ou que vous ne défendez pas la parité hommes-femmes ?

Je n’ai aucune envie de pratiquer le saut à l’élastique ou de me livrer à toute autre activité de ce genre. Franchement, j’aime voyager et il y a encore beaucoup de pays que j’aimerais visiter. Je rêve d’avoir un jour un beau jardin parce que je vis dans un appartement à Paris et même si mon balcon est très beau ce n’est quand même pas la même chose que d’avoir un jardin. D’autant plus que c’est difficile à entretenir lorsque l’on voyage beaucoup. Les fleurs que je préfère sont les orchidées. Aux Etats-Unis, ce sont les hydrangées qui prospèrent si magnifiquement à Cape Cod ; jamais une orchidée ne poussera à Cape Cod.

J’aime passionnément le sport et bien que Paris soit ma ville préférée, mon cœur est toujours à Boston et je soutiens les équipes de Boston. Cela dit et au risque de vous étonner, je suis une grande fan de l’équipe française de football depuis 1998. Je me défends très bien en cuisine et j’ai d’ailleurs profité de vivre à Paris pour suivre des cours de cuisine.

Quel conseil aimeriez-vous donner à la jeune génération ? 

Je garde toujours en mémoire les paroles de l’essayiste, philosophe et poète américain Ralph Waldo Emerson : Rendez le monde un peu meilleur parce que vous avez vécu. Soyez fidèle à vous-même, saisissez le moment présent. La mort dure longtemps, on ne vit qu’une seule fois, n’ayez pas peur d’essayer.

Soyez authentique.