Les machines intelligentes, instruments de la quatrième révolution industrielle



Le moteur à vapeur, l’électricité et les chaînes de montage ont incarné les deux premières révolutions industrielles. La troisième, qui s’est produite entre les années 1960 et la fin des années 1990, s’est manifestée, entre autre, par l’émergence de l’informatique et du numérique   puces, ordinateurs centraux, PC et Internet   ouvrant la voie, en l’espace de quelques décennies seulement, à la quatrième révolution industrielle.

Les instruments de base de cette nouvelle ère technologique font déjà partie de la vie quotidienne de la plupart d’entre nous grâce à l’Internet. De plus, des capteurs à la fois puissants et abordables recueillent des flux considérables de données dont ils alimentent des ordinateurs toujours plus performants qui exploitent les ressorts de l’intelligence artificielle et de l’apprentissage automatique pour activer des technologies qui, il y a à peine 30 ans, relevaient de la science-fiction.

L’apprentissage automatique, un sous-domaine de l'intelligence artificielle (IA), permet aux ordinateurs d’« apprendre » à partir de données, sans programmation additionnelle. Autrement dit, plus les machines peuvent digérer de données, plus elles deviennent intelligentes.

Ainsi, plus les logiciels de reconnaissance vocale (c’est-à-dire les logiciels qui permettent de passer de la voix au texte) enrichissent en quelque sorte leur vocabulaire, plus ils gagnent en précision. Microsoft a annoncé l’an dernier que son logiciel de transcription était aujourd’hui plus précis que des équipes entières de copistes. Grâce aux téraoctets d’images disponibles dans les dossiers de santé et aux techniques très évoluées d’apprentissage automatique ou « apprentissage profond », les ordinateurs peuvent aujourd’hui identifier certaines maladies oculaires à partir de scans de la rétine avec autant de précision que des médecins.

Toutefois, selon Klaus Schwab, fondateur du Forum économique mondial et auteur de La quatrième révolution industrielle, notre ère ne se résume pas à l’évolution des systèmes informatiques.  « Son périmètre est beaucoup plus large », écrit-il. « Plusieurs vagues de découvertes se produisent simultanément dans des domaines allant du séquençage du génome aux nanotechnologies… La quatrième révolution industrielle est fondamentalement différente des révolutions antérieures car elle se caractérise par une gamme de nouvelles technologies qui fusionnent les mondes physiques, numériques et biologiques. »

Les bénéfices potentiels de ce phénomène sont faciles à imaginer : des traitements curatifs pour la plupart des maladies, des usines ultra-efficaces et une éducation personnalisée pour tous.

La science-fiction devenue réalité

Les machines se contrôlent déjà seules dans les usines d’aujourd’hui afin de réduire au minimum les arrêts dans la production. Les lignes de production de pointe utilisent des capteurs, les téraoctets de données qu’ils collectent et l’intelligence artificielle pour identifier les risques de panne, isoler le problème et déterminer à quel moment il est préférable de remplacer ou de réparer telle ou telle pièce d’équipement. Un opérateur humain, et dans certains cas un robot, se chargera ensuite de la réparation.

Avant, il appartenait aux ingénieurs de prédire le cycle de vie de toutes les pièces d’une machine et de développer un calendrier de maintenance fondé à la fois sur des calculs et des hypothèses. Aujourd’hui, en théorie et, de plus en plus, en pratique, la maintenance s’effectue lorsqu’elle est nécessaire et n’obéit plus à un calendrier spécifique. Plus les machines recueillent des informations sur une installation de production, plus les procédés de cette installation deviennent efficaces.

D’ici à 2050, ce type d’automatisation sera très largement répandu, sera agile au point d’être proactif et permettra de dégager des gains d’efficacité que l’on n’aurait jamais pu imaginer auparavant. Les usines seront littéralement nourries d’informations en temps réel sur les marchés qu’elles desservent, permettant ainsi aux algorithmes d’intelligence artificielle de reconfigurer la production et de l’affiner pour mieux répondre à la demande.

Un suivi du patient en continu

À quoi ressemblera cette nouvelle réalité du point de vue du patient ? L’automatisation, l’intelligence artificielle, les capteurs ubiquitaires et les données en temps réel lui faciliteront-ils la vie ou, au contraire, la lui rendront-ils plus inquiétante ? Quel genre de relation les patients et les professionnels de santé vont-ils nouer ?

Même si cela pourrait tout à fait augurer d’un avenir harmonieux et ultra-efficace, citoyens et pouvoirs publics s’inquiètent à juste titre des pertes d’emploi que cela peut occasionner et des risques en termes de respect de la vie privée. Les alarmistes prédisent le chaos et un monde truffé de systèmes de type Terminator totalement hors de contrôle. De fait, un rapport de 2016 du Forum économique mondial sur la quatrième révolution industrielle se concentre sur la nécessité de légiférer de manière à protéger les valeurs universelles de la dignité humaine, le bien commun et la gouvernance pendant cette période de rapides changements.

Tout dépend cependant de la manière dont les attitudes et la réglementation s’adapteront à cette période de changement.  Il ne fait aucun doute que, dans le domaine de la santé, les capteurs vont se généraliser et qu’ils seront de plus en plus puissants. Aujourd’hui, une montre peut appeler à l’aide si vous faites une chute et vous avertir si vous risquez un infarctus du myocarde. Demain, ce sera le col de votre chemise qui pourra, à partir d’un simple éternuement, identifier le virus du rhume que vous avez contracté.

En 2050, comme Olivier Brandicourt, Directeur Général de Sanofi, l’a indiqué, nous n’appellerons plus le médecin. Des ordinateurs superpuissants qui auront été nourris de nos données personnelles et de données sur l’environnement dans lequel nous évoluons diront à notre médecin à quel moment intervenir et nous alerter.

Tout comme la fabrication industrielle, la médecine aura recours à l’intelligence artificielle et aux données pour faire de meilleures prédictions. Si un système détermine que, compte tenu de votre patrimoine génétique et de l’environnement dans lequel vous vivez, une grippe particulièrement virulente risque de vous mener tout droit à l’hôpital, celui-ci pourra alors prévenir votre médecin et ce dernier pourra vous téléphoner pour vous conseiller une « maintenance ».

La collecte et le traitement de données dans le domaine de la santé pourraient atteindre un tel niveau de sophistication qu’il sera tout à fait possible d’imaginer l’expérimentation de traitements personnalisés dans le cadre d’essais simulés. Les différentes phases des essais de médicaments d’aujourd’hui pourraient être remplacées par des essais virtuels reposant sur des simulations de différentes catégories de patients et différentes posologies et formulations.

Les patients pourraient devenir les plus gros consommateurs de leurs propres données. Aujourd’hui, on utilise des montres et des téléphones intelligents pour optimiser nos performances sportives, améliorer notre alimentation ou nos habitudes de sommeil. Demain, il sera possible de tenir compte de notre constitution génétique, voire des gènes de notre microbiome et des micro-organismes qui colonisent notre organisme.

En plus des données et de la puissance de calcul contribuant au diagnostic et au traitement, l’intelligence artificielle couplée à des techniques de reconnaissance vocale aideront les médecins lors des consultations, les affranchiront de leur ordinateur et leur permettront de passer plus de temps en tête à tête avec leurs patients.

Un certain nombre de précautions devront naturellement être prises. La confidentialité des données et les questions éthiques devront être débattues en profondeur et les solutions développées en étroite concertation avec les entreprises, les pouvoirs publics et les citoyens. Enfin, l’éducation devra s’assouplir afin de permettre à chacun d’exercer différentes fonctions et de renforcer en permanence ses connaissances tout au long de son parcours professionnel.

Les technologies de pointe ont leurs avantages et leurs inconvénients, comme l’a indiqué le docteur Atul Gawande dans un article  sur la technologie dans le cabinet médical : « Nous avons besoin de systèmes qui permettent de simplifier et non de compliquer les soins, pour les patients comme pour les professionnels de santé. Et ces systèmes doivent contribuer au renforcement des liens humains, pas à leur affaiblissement. »

Infographie à propos des quatre révolutions industrielles

Sanofi à l’Usine extraordinaire

La 4ème révolution industrielle