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Ikambéré : Un centre spécialisé administré par des femmes pour des femmes séropositives

Christine*, pharmacienne de formation, tenait sa propre pharmacie dans sa ville natale d’Abidjan en Côte d’Ivoire, conciliant sa vie professionnelle et l’éducation de ses deux enfants. Sa vie était bien remplie mais agréable, jusqu’au décès de son époux, puis celui de son frère deux semaines plus tard. Elle soupçonnait que tous deux étaient morts du sida et était convaincue qu’elle en serait la prochaine victime. Les tests de dépistage réalisés sur ses enfants sont revenus négatifs, mais les médecins ont tardé à confirmer son diagnostic.    

« J’ai été infectée en 1994. J’avais 40 ans », explique Christine. « Je ne pensais pas survivre jusqu’à aujourd’hui. J’étais persuadée que j’allais mourir et j’ai mis de l’ordre dans mes affaires pour mes enfants. » Incapable de se confier à quiconque, pas même à sa mère, Christine se mure dans le silence tant ce diagnostic est synonyme de stigmatisation et de marginalisation.

Ikambéré, une maison accueillante pour les femmes séropositives

Après avoir vécu dans la peur pendant des années ce n’est que lorsqu’elle s’installe en France, en 2011, que sa séropositivité est confirmée. Elle est traitée dans un hôpital français qui l’oriente ensuite vers Ikambéré, un centre de jour spécialisé dans l’accueil de femmes infectées par le VIH principalement originaires d’Afrique sub-saharienne. Ce centre, qui bénéficie d’un financement de la Fondation Sanofi Espoir depuis deux ans, occupe le premier étage d’un immeuble anonyme situé dans une artère très passante du nord de Paris, dans l’ombre imposante du Stade de France. Il est en lien avec 12 hôpitaux parisiens qui lui adressent des femmes séropositives après leur diagnostic ou leur traitement. 

« Lorsqu’elles arrivent ici, ces femmes sont brisées », indique Bernadette Rwegera qui, en dépit des réticences de sa famille et de ses amis, a ouvert les portes d’Ikambéré en 1997. « Elles vivent souvent dans la pauvreté. Notre rôle est de les aider à accepter leur séropositivité, c’est-à-dire à suivre leur traitement et à comprendre qu’elles peuvent vivre pleinement malgré leur maladie. » 

Ikambéré, « la maison accueillante » en Kinyarwanda, la langue maternelle de Bernadette, accueille environ 40 femmes.  Des repas communautaires, de nouvelles amitiés et un lieu sûr où parler librement de la maladie permettent aux femmes de retrouver leur estime de soi, tandis qu’un large éventail d’activités - sport, couture, recherche d’emploi, discussions sur la santé – leur donne les moyens psychologiques, physiques et mentaux de se reconstruire. 

« Notre devise est "le savoir, c’est le pouvoir" », indique Rose Nguekeng, Médiatrice de santé à Ikambéré, dont la mission principale est la prévention. « Mieux informées, mieux protégées : un grand nombre de femmes sont en effet infectées par le VIH par ignorance des risques. Les informations que je leur fournis ont pour but d’empêcher que cela ne se reproduise ; elles doivent prendre leur santé en main. »  

Christine a commencé à fréquenter Ikambéré car qu’elle avait besoin d’un hébergement. Aujourd’hui, elle y vient pour partager un repas avec des amies, obtenir une aide administrative ou suivre un cours. En dehors d’Ikambéré, elle ne parle de sa maladie qu’à ses proches ; même les personnes auxquelles elle loue une chambre ignorent qu’elle est séropositive.

« Ma fille pensait que j’avais le cancer. Elle est soulagée que ça ne soit pas le cas », sourit Christine qui, pour la première fois depuis des années, s’autorise à faire des plans pour l’avenir. « Ikambéré m’a appris que la vie continue et que je peux recommencer à espérer. » 

*Christine est un prénom d’emprunt

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