La maladie des agglutinines froides : maladie rare, menace bien réelle



Nous connaissons presque tous quelqu’un atteint d’une maladie chronique grave, comme le diabète ou l’hypertension artérielle, et sommes conscients de l’impact considérable que ces maladies peuvent avoir sur sa vie quotidienne

Rares sont toutefois les personnes qui ont entendu parler de la maladie des agglutinines froides (ou MAF), une maladie auto-immune rare et grave au cours de laquelle l’organisme fabrique des anticorps qui vont reconnaître les globules rouges et les détruire. Pourtant, pour les quelque 10 000 patients des États Unis et d’Europe qui en sont atteints, selon les estimations, comme pour de nombreux autres ailleurs dans le monde, cette maladie a de profondes répercussions sur leur vie.

« Avant, j’étais toujours très active, mais maintenant il y a des jours où je peux à peine marcher jusqu’à ma voiture sans être complètement essoufflée », explique Jodie, à laquelle cette maladie a été diagnostiquée. « Toute ma vie est impactée. »

En fait, la maladie des agglutinines froides est beaucoup plus grave qu’on ne le pensait à l’origine. Bioverativ, une entreprise Sanofi, vient de publier une étude reposant sur l’analyse des données d’un registre de 72 patients atteints de MAF qui montre que ceux-ci sont deux fois plus susceptibles de décéder au cours des cinq premières années suivant le diagnostic, comparativement à la population générale. Cette étude révèle également que ces patients sont exposés à un risque augmenté d’événements thromboemboliques potentiellement fatals, comme des infarctus du myocarde et des accidents vasculaires cérébraux résultant de la formation de caillots de sang.

« Ces données soulignent qu’il importe de mieux comprendre les risques associés à la maladie des agglutinines froides et confirment combien un traitement ciblé et approuvé contre cette maladie potentiellement mortelle est urgent », explique le docteur Jaime Morales, FAAP, Directeur Exécutif, Affaires Médicales de Bioverativ.

Représentation schématique d’un hémolyse extravasculaire 

Lorsque les globules rouges deviennent des cibles à détruire

Les anticorps transmettent des signaux au système immunitaire pour qu’il s’attaque aux cellules sur lesquelles ils se sont fixés; il s’agit là d’un mécanisme immunitaire normal et nécessaire pour combattre les infections. Dans le cas de la MAF, le système immunitaire fabrique des anticorps qui vont reconnaître les globules rouges sains et les détruire, en nombre et en continu, selon un processus dénommé hémolyse.

Ce phénomène provoque une anémie chronique sévère qui prive les patients d’énergie. Il cause également des problèmes circulatoires, notamment dans les extrémités comme les mains et les pieds, qui rendent les patients hypersensibles au froid. Tous les aspects de leur vie s’en trouvent affectés, depuis leur alimentation jusqu’à leurs activités quotidiennes normales, comme la fréquentation de lieux climatisés ou la consommation d’aliments froids.

La maladie est souvent non identifiée ou mal diagnostiquée, en partie du fait de sa rareté et en partie parce que les personnes concernées ont tendance à négliger ses premières manifestations. Les patients atteints de MAF sont généralement diagnostiqués dans la soixantaine, c’est-à-dire à un âge rel="noopener noreferrer" où l’incidence de l’anémie tend à augmenter, de sorte qu’elle est peut être considérée à tort comme une anémie ou un effet du vieillissement.

« Cette nouvelle étude montre que l’augmentation du risque de mortalité associé à la MAF débute dans l’année qui suit le diagnostic », souligne le docteur Morales. « D’où l’extrême importance d’un diagnostic précoce et d’un traitement efficace pour toutes les personnes concernées. »

À la recherche d’un traitement efficace

Il n’existe à l’heure actuelle aucun traitement approuvé contre la MAF. Sa prise en charge peut nécessiter des transfusions sanguines régulières afin de réapprovisionner l’organisme en globules rouges. Toute amélioration est néanmoins de courte durée car les anticorps se lient rapidement aux globules rouges transfusés et peuvent même intensifier la réponse immunitaire -- les nouveaux globules rouges « ne faisant qu’alimenter la maladie, sans résoudre l’hémolyse sous-jacente », précise le docteur Morales.

Bioverativ mène actuellement des études au stade avancé sur un traitement potentiel de cette maladie auquel la FDA a octroyé le statut de « Découverte capitale » (Breakthrough Therapy) sur la base des résultats d’un essai clinique. Il est important de noter qu’il s’agit d’un traitement expérimental et qu’aucun organisme de règlementation n’a encore pleinement évalué ses profils de sécurité et d’efficacité.

Le développement d’un traitement potentiel ciblé contre la MAF qui soit capable d’interrompre la destruction des globules rouges est une nouvelle particulièrement bienvenue pour les patients comme Jodie.

« S’il pouvait y avoir un traitement pour soulager les symptômes de cette maladie et améliorer la qualité de vie, ce serait vraiment formidable », explique-t-elle. « Les patients concernés sont certes peu nombreux, mais il ne fait aucun doute que ce traitement améliorera considérablement leur existence. »