Rester femme après un cancer du sein



Lorsqu’une femme apprend qu’elle a un cancer du sein, il y a d’abord le choc du diagnostic et l’idée d’une fin de vie peut-être proche. Ensuite, il y a les traitements : radiothérapie, chimiothérapie,  mammectomie et hormonothérapie. C’est l’autre épreuve. Celle qui, par-delà les nombreux effets secondaires, va mettre à mal l’image de soi.

Sophie
Alexandra
Margareth

 

Lorsque Sophie a su qu’elle devait entamer une chimiothérapie, elle a préféré prendre les devants, elle a couru chez son coiffeur pour qu’il lui fasse une belle coupe « à la garçonne ». Mais après sa première chimiothérapie, lorsque - même très courts - ses cheveux ont commencé à tomber par poignées, elle a pris la décision de se raser le crâne : « Je me suis retrouvée avec une tête de bonzette » dit-elle avec beaucoup d’humour. Une autodérision qui lui a permet de bien supporter cette épreuve avec une nouvelle tête parfaitement assumée. Alexandra a eu la même réaction. Elle ne voulait pas que ses enfants la voient perdre ses cheveux par touffes. Avec l’autorisation de la famille, elle a fait raser ses cheveux. Pour compenser cette perte, l’une et l’autre ont redoublé de féminité. Sophie a collectionné les foulards colorés assortis à ses tenues, Alexandra est allée chez une amie esthéticienne et a mis un point d’honneur à se maquiller tous les jours. Car si les cheveux tombent, les poils aussi, ceux des sourcils et des cils : « L’avantage, c’est qu’on a plus besoin de s’épiler » dit Sophie avec bonne humeur. « On trouve des astuces dans l’art du camouflage » ajoute Alexandra.

Margareth n’a pas eu à traverser l’épreuve de la perte des cheveux mais elle a dû accepter de perdre un sein : « L’ennemi était à l’intérieur. J’ai compris qu’il fallait que je fasse le deuil de mon sein parce qu’il était devenu une sorte de corps étranger qu’il fallait enlever » dit-elle. Le sein est un symbole de féminité et de maternité : « Je l’ai vécu un peu comme une mutilation  mais très vite, je me suis reprise, j’ai compris que je n’étais pas qu’un sein, qu’il ne définissait pas ce que j’étais et je me suis accrochée à cette idée ».  Au réveil, après son opération, Margareth avoue avoir été incapable d’affronter la cicatrice : « C’était moche, je n’ai pas pu la toucher ».  Le temps a passé et aujourd’hui elle dit sans hésiter « Cette cicatrice, j’en ai fait ma fierté, c’est ma blessure de guerre ».

Chacune d’elle s’est attachée à compenser les dommages causés par les traitements et elles avouent aujourd’hui ne pas avoir retrouvé leur aspect physique d’avant. Pour Alexandra, « Il y a un changement d’apparence et je suis nostalgique de mon physique passé. » mais elle ajoute aussitôt : « Quand on a frôlé la mort, finalement tout ça n’est pas si grave. J’ai des cheveux et même s’ils ne sont pas beaux, je n’en suis pas triste ». Sophie, elle, ne se reconnait plus sur ses photos anciennes, celles d’avant : « la vraie Sophie, c’est moi maintenant et je me préfère aujourd’hui qu’hier ». Quant à Margareth, elle s’apprête à terminer une reconstruction mammaire avec son chirurgien : « J’ai cherché à retrouver un physique qui me convenait même si ce n’est pas celui d’avant ». La dernière étape est la restitution en couleur du mamelon par une tatoueuse : « Ce sera la cerise sur le gâteau » dit-elle avec une pointe d’humour mais aussi de tendresse.   
Elles s’accordent pour  déclarer que ce cancer les a changé mais pas seulement physiquement. Sophie a publié un livre plein d’humour pour partager son expérience et aider les autres, Alexandra profite des bonheurs simples en portant un regard nouveau sur les choses de la vie et Margareth sait aujourd’hui que l’essentiel est ce qu’on laisse à ceux qu’on aime.

Toutes les trois nous donnent une magnifique leçon de vie, à ne pas oublier.