Une vie à reconstruire après un cancer du sein Stéphanie



En 2006, Stéphanie avait 40 ans, un compagnon et trois enfants,  quand elle a été diagnostiquée avec un cancer du sein. La maladie et  4 suspicions de récidive, ont bouleversé la vie de la famille pendant près de 10 ans : « On ne savait pas qu’on partait pour un marathon. »

« Nous avons été fragilisés par cette maladie qui a fait irruption alors que nous étions jeunes et peu préparés à affronter l’incertitude et une potentielle fin de vie » dit Stéphanie.  « Je me suis rendue compte que  dans le tissu familial et social, ce qui arrive à l’un déstabilise l’autre  ou les autres ». Le revers du combat à mener est un recentrage sur soi qui peut exclure le conjoint. Au fil des mois, le fossé se creuse. Sur le long terme « On n’appuie plus sur pause pour regarder où en est l’autre, jusqu’au point de non-retour ». C’est le constat que dresse Stéphanie, aujourd’hui séparée. Si les adultes éprouvent des difficultés à  gérer les situations, que dire des enfants, âgés de 3, 7 et 9 ans à l’époque ? « Ils se sont tus, ils ont encaissé ». Faute de pouvoir verbaliser, les relations se sont tendues parfois jusqu’à la rupture, comme avec sa fille âgée d’une vingtaine d’années.

Ce lien est à reconstruire en mettant cette période à distance mais les enfants restent une de ses trois priorités avec sa santé et son bien-être.  « J’ai appris à relativiser, à prendre du recul, à faire le tri, à lâcher prise. Par exemple, le travail est important, financièrement et socialement, mais je ne suis pas carriériste ». Les relations avec l’entourage n’ont pas été toujours faciles : il y a eu de la compréhension mais aussi des maladresses verbales dues à la peur ou au rejet face à ce que renvoie une personne malade. Aujourd’hui, ses relations avec les autres se sont épurées : « La Stéphanie d’aujourd’hui est différente de celle d’hier. Je suis plus directe dans mon langage et mon comportement ».

Elle garde toutefois une écoute bienveillante pour ceux qui sont en souffrance « Il est devenu impératif pour moi de tendre la main ». Stéphanie se souvient que,  dans les moments difficiles, elle a été aidée par des personnes qui ont été des soutiens souvent inattendus  comme cet ami d’université qui l’a accompagné à l’hôpital le jour de sa mammectomie. Elle avoue que sa force, sa réussite  qui fait sa fierté aujourd’hui, a été de trouver ces soutiens chez les autres. Et aussi d’aller chercher au plus profond d’elle-même la force nécessaire pour, par exemple,  participer aux championnats de France de natation, sa passion d’avant : «  Accepter de me mettre en maillot après la mammectomie m’a demandé du temps, au moins 6 mois ».

Aujourd’hui, Stéphanie sait s’affranchir du regard des autres, des jugements et des préjugés ce qui lui permet de retrouver la confiance et l’estime de soi : « Je suis au début de ma nouvelle vie » ajoute-t-elle en conclusion. Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre.