La blockchain : nouvelle plateforme numérique du secteur biopharmaceutique



Révolutionner la notion de confiance dans tous les domaines de la santé, depuis les résultats des essais cliniques jusqu’à la lutte contre les médicaments falsifiés

Alors que nous rendons volontiers compte de ce qui se passe chaque jour dans notre vie sur les réseaux sociaux, nous sommes réticents à autoriser l’échange de nos données de santé. Cette défiance, combinée au volume considérable de données échangées aujourd’hui dans le domaine de la santé, fait qu’il est extrêmement difficile de préserver la confiance et de garantir la transparence. Pourtant, ces données et le potentiel qu’elles représentent, détiennent les clés de la transformation du secteur de la santé.

La solution en matière de sécurité des données de santé pourrait bien résider au cœur d’une technologie émergente dénommée blockchain (littéralement « chaîne de blocs »). Cette technologie, développée à l’origine pour les crypto-monnaies comme les bitcoins, permet à des acteurs anonymes de réaliser des transactions privées de manière sécurisée et infalsifiable sur un réseau ouvert, voire public. Elle est d’ailleurs déjà utilisée dans le cadre de projets pilotes pour analyser des données de santé, garantir la sécurité des dispositifs médicaux et gérer les dossiers électroniques des patients. Mais il est possible de multiplier à l’infini ses applications et de l’utiliser pour conduire des essais cliniques, accélérer l’approbation des nouveaux traitements, réduire les risques de contrefaçon et renforcer la transparence des coûts.

La blockchain revient à industrialiser la confiance
Milind Kamkolkar, Chief Data Officer de Sanofi
Infographie expliquant comment fonctionne la blockchain

Lutter contre les médicaments falsifiés

De plus en plus utilisée par le secteur de la santé, la technologie de la blockchain et la confiance qu’elle inspire pourraient se révéler très utiles dans la lutte contre les médicaments falsifiés, un phénomène qui a pris des proportions quasiment épidémiques. Dans un communiqué de presse publié en novembre, l’Organisation mondiale de la Santé révèle en effet qu’un médicament sur dix en circulation dans les pays en développement est soit de qualité inférieure, soit falsifié. Le problème de la contrefaçon de médicaments s’est aggravée au cours des dix dernières années et bien qu’il soit plus aigu dans les pays en développement, ses conséquences à l’échelle mondiale sont considérables – en particulier au regard des décès que peut provoquer l’insuffisance ou l’absence de principes actifs dans les médicaments falsifiés.

Avec la blockchain, il pourrait être possible de créer un système permettant d’assurer la traçabilité des médicaments et de vérifier leur authenticité, depuis leur production jusqu’aux patients. Si ces informations étaient mises à la disposition des systèmes de santé publics, des pharmacies et des patients, les médicaments falsifiés ne pourraient plus parvenir aussi facilement aux patients sans être détectés. Cette technologie pourrait également permettre à tous les acteurs de la supply chain de satisfaire aux exigences de plus en plus strictes des autorités publiques et en particulier aux dispositions de la Drug Supply Chain Security Act des États-Unis (loi sur la sécurité de la chaîne d’approvisionnement des médicaments).

« Des consortiums sont d’ailleurs en cours de formation dans ce domaine », indique Milind Kamkolkar.

Une nouvelle conjoncture économique et concurrentielle se dessine, dans laquelle la confiance et la transparence seront des facteurs qui feront toute la différence
Richie Etwaru, futuriste et Chief Digital Officer d’IQVIA, une entreprise spécialisée dans l’analyse de données de santé

Améliorer la conduite des essais cliniques

Les essais cliniques sont un autre aspect vital de la santé où la notion de confiance est cruciale. La blockchain pourrait être utilisée pour faire en sorte que les données soient recueillies et échangées lorsque cela est nécessaire, tout en respectant la vie privée des patients ou les informations exclusives, « ce qui permettra de réduire les coûts et de gagner en efficacité », précise Rémi Chossinand, Responsable du Digital Clinical Solution Center de Sanofi.

Cette technologie pourrait également être utile aux essais cliniques consacrés aux maladies rares auxquels ne peuvent participer qu’un très petit nombre de patients. Elle pourrait être utilisée pour échanger les données, tout en préservant la confidentialité impérative à la conduite des études cliniques. Cette nouvelle méthode pourrait écourter les délais nécessaires au développement des médicaments et permettre aux patients d’y avoir accès plus rapidement.

L’utilisation de la technologie de la blockchain pour partager certaines informations avec les investigateurs d’autres essais cliniques, par mutualisation avec nos concurrents, pourrait permettre de réduire efficacement les coûts de développement des médicaments
Rémi Chossinand, Responsable du Digital Clinical Solution Center de Sanofi

Modifier la donne pour les données patients

La technologie de la blockchain pourrait également servir de base au dossier de santé électronique universel, mais avec une différence importante par rapport aux technologies exclusives utilisées actuellement en ce qui concerne le contrôle des données versées au dossier.

En permettant aux patients de reprendre le contrôle de leur dossier de santé, la technologie de la blockchain pourrait modifier la relation entre les patients et les payeurs ou les chercheurs du secteur pharmaceutique. Parce que les données contenues dans ces dossiers peuvent être très utiles pour établir des projections de coûts, comprendre des résultats cliniques ou identifier des candidats potentiels à un essai clinique, on pourrait très bien envisager que les entreprises rémunèrent les patients pour y avoir accès.

« Il est possible de configurer la chaîne de telle sorte que les patients soient propriétaires de la clé d’un bloc et donc des données qu’il contient », explique Milind Kamkolkar. « Cela crée un nouveau type de relation commerciale : les patients monétisent leur dossier médical et facturent les organismes payeurs pour qu’ils puissent avoir accès leurs données. »

Perspectives

L’innovation est un allié naturel de la santé si bien que la technologie de la blockchain est une évidence pour les stratégies numériques que Sanofi entend déployer afin de révolutionner non seulement ses activités de recherche et développement, mais aussi l’intégralité de son approche en matière de soins de santé.