
Le diabète de type 1 (DT1) est trop souvent découvert au pire moment possible.
Pas aux prémices de la maladie, ni lorsque le système immunitaire commence à attaquer les cellules productrices d’insuline du pancréas, mais après, lorsque les symptômes s’aggravent, la glycémie est dangereusement élevée, et un enfant, un partenaire ou un ami se retrouve aux urgences avec une acidocétose diabétique, ou ACD, une crise métabolique mettant en jeu le pronostic vital.
C’est ainsi que de nombreuses familles découvrent la maladie pour la première fois : de manière subite, avec effroi et sans avoir eu le temps de s’y préparer.
Pourtant, le DT1 commence beaucoup plus tôt, parfois des années avant l’apparition des symptômes. Il peut être dépisté durant cette phase silencieuse chez de nombreux patients. Or, le décalage entre ce que la science peut voir et ce que les patients continuent de vivre est désormais l’une des sources d’opportunités les plus importantes dans le DT1. De plus en plus souvent, il s’agit de relier la recherche sur les maladies de stade précoce aux systèmes qui peuvent agir sur ces connaissances.
Faire du dépistage précoce du DT1 une réalité est une entreprise commune qui réunit chercheurs, médecins, systèmes de santé, organisations de défense des patients et professionnels du secteur. Sanofi contribue à cette entreprise, en faisant progresser la science concernant la maladie de stade précoce et en développant des stratégies pour trouver et accompagner les patients avant que la maladie s’installe complètement.

Une maladie qui commence bien avant l’apparition des symptômes
Dans le diabète de type 1, le système immunitaire se retourne contre les cellules bêta du pancréas, qui produisent généralement de l’insuline. Au fil du temps, ces cellules sont endommagées ou détruites, et l’organisme perd progressivement sa capacité à réguler la glycémie.

Alessandro Sorrentino
Directeur médical mondial pour le diabète de type 1 auto-immun, le métabolisme et les maladies cardiovasculaires
Pendant des années, le DT1 était principalement connu pour son stade clinique : glycémie élevée, symptômes évidents et nécessité d’un traitement par insuline.
Ce changement a commencé à prendre forme dans les années 1970 et 1980, car les chercheurs ont identifié des auto-anticorps liés au diabète de type 1 : des marqueurs précoces présents dans le sang qui peuvent apparaître avant les symptômes, indiquant ainsi que le processus de la maladie a déjà commencé. Vu ainsi, le diagnostic n’intervenait plus au tout début. C’était un moment de la maladie qui pouvait se développer en silence dans le temps.
Le cadre de stadification, formalisé en 2015, a donné à cette compréhension une structure clinique : Stade 1 – auto-anticorps présents, glycémie toujours normale ; Stade 2 – la régulation du glucose commence à changer, mais il n’existe toujours pas de symptômes ; Stade 3 – maladie clinique et dépendance à l’insuline ; Stade 4 – DT1 de longue durée.
Le cadre de stadification a clairement indiqué que la période avant le diagnostic clinique fait elle-même partie de la maladie, et qu’il convient potentiellement d’agir à ce moment-là. Cependant, transformer cette compréhension en pratique clinique nécessite une approche cohérente pour trouver et suivre des personnes atteintes de diabète de type 1 de stade précoce. Breakthrough T1D a mis en œuvre deux grands efforts consensuels mondiaux : les recommandations consensuelles mondiales sur le dépistage du diabète de type 1 de stade précoce et les recommandations mondiales pour la surveillance des personnes atteintes de diabète de type 1 de stade précoce.
« Depuis plus de 50 ans, Breakthrough T1D (anciennement JDRF) dirige des efforts mondiaux de recherche et de défense des intérêts des patients pour favoriser les percées du DT1 qui permettraient peut-être un jour d’arrêter sa progression avant que la personne ait besoin d’insuline, dans le but futur de prévenir finalement le diabète de type 1 », explique Amara Ogbonnaya-Whittlesey, MD, directrice des affaires médicales Breakthrough T1D. « Nous avons réuni les principaux experts à travers le monde pour développer des outils pratiques, afin de faciliter la mise en œuvre du dépistage en milieu clinique pour la population générale. L’identification précoce des patients atteints de DT1, par le biais du dépistage et de la détection précoce, est la première étape pour changer le cours de la maladie en ouvrant une fenêtre d’intervention. »

Le DT1 est une maladie auto-immune progressive qui peut être identifiée et classée bien avant l’apparition des symptômes cliniques. L’identification des personnes atteintes de DT1 avant qu’elles ne soient symptomatiques permet de modifier le parcours classique de la maladie. Avec les informations provenant de Breakthrough T1D.
Ouverture de la fenêtre
Appréhender le DT1 comme une maladie de différents stades permet aux chercheurs de déterminer à quel moment intervenir.
Au stade 2, la fonction des cellules bêta commence déjà à changer de manière mesurable, même si le⁄la personne se sent toujours bien. Selon Mark Peakman : « La progression du DT1 signifie que votre organisme ne peut pas contrôler la glycémie aussi bien qu’il le devrait. Vous ne le remarqueriez peut-être pas. Or, nous pourrions mettre votre organisme à l’épreuve avec le glucose et détecter cette baisse de contrôle. »
Cela fait du stade 2 un point cliniquement significatif dans le processus de la maladie, en déplaçant l’attention de la prise en charge des symptômes à la question de savoir si la maladie peut être ralentie ou interrompue.
Si une intervention plus précoce est possible au cours de la maladie, dépister les personnes plus tôt devient de plus en plus important.
Chez Sanofi, les données et les outils de calcul permettent aux chercheurs de modéliser la progression de la maladie, d’identifier les schémas pathologiques, de trouver de nouvelles pistes thérapeutiques et de concevoir des études cliniques plus efficaces.
Du remplacement de l’insuline à la modification de l’évolution de la maladie
Durant la majeure partie du siècle dernier, même lorsque les médecins ont compris ce qu’il se passait, ils ne pouvaient pas faire beaucoup plus que remplacer l’insuline que les cellules bêta endommagées ne produisaient plus.
Des approches modificatrices de la maladie du DT1 ont été élaborées autour d’un concept différent : non seulement traiter les conséquences de l’attaque immunitaire sur les cellules bêta, mais également intervenir dans le processus proprement dit.
Pour un enfant au stade 2, retarder la progression de la maladie peut signifier avoir plus de temps avant que la gestion de l’insuline ne fasse partie de la vie quotidienne, plus de temps pour les routines classiques et plus de temps avant qu’un diagnostic chronique ne commence à façonner les décisions du quotidien. Les recherches en immunoscience de Sanofi s’intéressent à des stades encore plus précoces. Mark Peakman décrit une approche spécifique du stade, en faisant correspondre les interventions avec différents points le long de l’arc de la maladie. Le stade 2 représente l’objectif clinique actuel, alors que le stade 1, lorsque les réserves de cellules bêta sont plus importantes, constitue la nouvelle frontière.
« Le prix de la nouvelle génération », explique Mark Peakman, « est une approche réellement préventive, où vous ne feriez même pas se développer les auto-anticorps. »
Ce que signifie « plus tôt » dans la pratique
Un diagnostic par l’acidocétose diabétique est une façon dangereuse et profondément désorientante de découvrir que votre vie a changé. Ce n’est pas le moment où les personnes veulent commencer leur parcours vers une maladie qui dure toute la vie.

Matthew Mailman
Directeur mondial des stratégies de dépistage précoce du DT1
Un dépistage plus précoce ne peut pas éliminer le fardeau du DT1, mais il peut modifier la manière dont les patients découvrent la maladie pour la première fois. Matt décrit cela comme un « atterrissage en douceur », donnant ainsi aux personnes le temps de comprendre ce qui se passe, de recevoir des soins spécialisés, de commencer à surveiller et de se préparer à une « nouvelle normalité ».
Mark Peakman explique ce que retarder la progression de la maladie pourrait signifier pour les familles. Pour un enfant au stade 2 dont la progression de la maladie est retardée, la vie quotidienne peut rester ordinaire plus longtemps. Pour un parent qui a déjà vu un enfant traverser une crise liée au diabète et la vigilance qui suit, l’importance de ce moment n’a pas besoin d’être expliquée.
Un dépistage plus précoce n’est utile que s’il mène quelque part
Il existe déjà un test sanguin qui permet de dépister une maladie au stade précoce. Le problème est de savoir ce qu’il se passe après cette analyse.
« Un résultat de test positif doit mener à quelque chose de constructif », explique Alessandro Sorrentino. Cela signifie une explication, une orientation, une surveillance et un plan de soins précis. Les familles doivent comprendre ce que le résultat signifie et ce qu’il se passe après, tandis que les cliniciens doivent savoir comment l’interpréter et où orienter une personne.
C’est là que les recommandations consensuelles peuvent s’avérer utiles. Une approche cohérente et progressive n’est pas aussi fréquente que nous l’espérions. La plupart des patients atteints de diabète de type 1 précoce sont vus en consultation dans les cabinets de médecine générale, et non dans des cliniques spécialisées ; ils se sentent bien en général. La maladie de stade précoce n’est toujours pas une chose que les médecins généralistes connaissent et évaluent régulièrement.

Amara Ogbonnaya-Whittlesey
MD, directrice des affaires médicales Breakthrough T1D
Des lacunes structurelles expliquent ces lacunes cliniques. Les tests doivent être autorisés, abordables et évolutifs. Les associations de médecins doivent approuver les recommandations. Les réseaux d’orientation doivent relier un résultat positif au suivi en temps opportun par un spécialiste, explique Matt Truppo. Si elle est bien menée, cette discussion peut être une source d’éclaircissement en pleine confusion. Si elle est mal menée, cela peut laisser les familles dans l’angoisse et sans aucune piste, met en garde Amara Ogbonnaya-Whittlesey.
Un test sanguin ne suffit pas à lui seul. Le système de soins qui l’entoure doit être prêt à transformer le résultat en action constructive.
Développement de l’écosystème de dépistage
Début 2026, le programme européen EDENT1FI concernait 100 000 enfants dépistés dans plusieurs pays d’Europe. Au Royaume-Uni, l’étude ELSA avait permis de dépister plus de 17 000 enfants d’ici janvier 2026, contribuant ainsi à montrer comment le dépistage peut être relié à la surveillance avant qu’une crise se produise.
Comme l’explique Alessandro Sorrentino, ces programmes permettent de générer l’utilité clinique et les données économiques sur la santé dont les systèmes de santé ont besoin pour envisager un dépistage plus large. Ils permettent également d’affiner les parcours de soins et fournissent des informations sur la manière dont les familles répondent au dépistage précoce.
Actuellement, le dépistage est plus simple dans les catégories de personnes à haut risque, y compris les parents au premier degré de personnes atteintes de DT1 et les personnes souffrant de maladies auto-immunes associées, telles que la maladie cœliaque ou la maladie thyroïdienne auto-immune. Mais comme la plupart des patients qui développent un DT1 n’ont pas d’antécédents familiaux connus de la maladie, le dépistage doit aller au-delà de ces catégories de patients à haut risque.
L’Italie a introduit une approche nationale concernant le dépistage du diabète de type 1 et de la maladie cœliaque chez l’enfant. Dans toute l’Europe, le débat porte actuellement moins sur le dépistage du diabète de type 1 de stade précoce, mais davantage sur une mise en œuvre plus large en pratique du dépistage et de la surveillance. Des modèles IA prédictifs et des scores de risque polygéniques sont également développés pour cibler davantage le dépistage de la population en général. À l’avenir, ces approches pourraient contribuer à l’élaboration de stratégies de dépistage chez le nourrisson, permettant ainsi d’identifier les enfants à haut risque dès la naissance.
Capturer la maladie avant qu’elle ne prenne le patient
De nos jours, dépistage précoce et intervention précoce vont de pair. Cette logique explique la double approche de Sanofi : elle aspire à faire avancer la fenêtre d’intervention en matière d’immunoscience tout en cherchant également à la rendre accessible grâce au dépistage et au parcours de soins.
La science évolue plus rapidement que les systèmes qui l’entourent. Combler cette lacune signifie transformer les connaissances plus précoces en action plus précoce, dans le but de toucher plus de patients avant l’apparition des symptômes.
- Mark Peakman a pris sa retraite de chez Sanofi.