Fabriquer un vaccin contre la grippe : une course contre la montre

Publié le: 11 juin 2018

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Des jours durant, sur les sites de Sanofi Pasteur(1) à Val de Reuil en France, Swifwater aux Etats-Unis, Shenzhen en Chine ou encore Ocoyoacac au Mexique, une noria de camions livre une précieuse et fragile cargaison : plusieurs centaines de milliers d’œufs de poule. Nous sommes en Janvier et la course contre la montre pour la fabrication du vaccin contre la grippe dans l’hémisphère Nord vient de démarrer alors que celle pour l’hémisphère Sud n’est pas encore terminée. En Février, l’OMS donnera ses prévisions sur les souches dominantes, après des mois de veille sur la circulation des virus dans le monde. Le vaccin sera alors fabriqué selon ses recommandations et devra être livré avant le début de la saison grippale.

Le temps entre la fabrication d’un vaccin et sa livraison est d’environ 2 ans mais pour le vaccin contre la grippe tout doit aller très vite, quelques mois à peine entre l’identification des souches virales circulantes et la mise à disposition du vaccin dans les officines. Pour l’hémisphère Nord, le compte à rebours débute en Février, dès réception des recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Les équipes sont alors à pied d’œuvre pour relever un défi sans cesse renouvelé avec, en Septembre, la course qui commencera pour l’hémisphère Sud.

Le compte à rebours

De Janvier à Mai : Des millions d’œufs ont été livrés. Chaque œuf reçoit une souche virale, puis il est incubé pour permettre au virus de se multiplier. Ensuite un liquide ou sérum de virus est récolté, puis purifié en plusieurs étapes, filtré et traité pour fragmenter et « tuer » le virus. Inactiver un virus pour qu’il ne soit pas pathogène lors de l’injection, afin d’induire une réaction immunitaire, est un processus complexe. L’opération est répétée pour chaque souche virale identifiée et qui sera incorporée dans le vaccin quadrivalent.

De l’importance de l’œuf

Pour la production de vaccins, il demeure la méthode la plus fiable pour produire rapidement des volumes importants de vaccins antigrippaux bien tolérés et efficaces et couvrir les besoins mondiaux. Il répond parfaitement aux exigences de flexibilité et d’adaptabilité qui prévalent dans la fabrication du vaccin. Néanmoins pour le futur, nous explorons de nouvelles options parmi lesquelles la production cellulaire avec l’acquisition récente de Protein Sciences, une société de biotechnologie qui a développé le seul vaccin antigrippal à base de protéines recombinantes. Cette technique sera une alternative pour s’affranchir de l’œuf. Qui, pour l’instant, reste incontournable.

A chaque étape, des tests de contrôle qualité sont effectués sur les quatre différentes souches pour la pureté, la stérilité et la concentration virale qui conditionnera l’efficacité du futur vaccin. « Les vaccins sont destinés à des personnes en bonne santé, ce qui nécessite les plus hauts standards de qualité et sécurité et renforce la complexité de leur production » nous explique Florence Brunel, Head of Global Programs Execution Industrial Affairs, Sanofi Pasteur.

De Juin à Juillet : Les 4 souches de virus inactivées peuvent alors être collectées et combinées entre elles. De nouveaux contrôles, aussi stricts que les précédents, sont faits sur ce qui est désormais un vaccin qui peut être conditionné en flacons et en seringues. Une partie du défi est dans l’apparente simplicité d’une injection de vaccin qui, en réalité, suppose un processus industriel extrêmement rigoureux. Environ 70 % du temps de production est consacré aux tests de qualité auxquels s’ajoutent ceux des Autorités de Santé de chaque pays où le vaccin est distribué. C’est le double contrôle des lots.

A partir de Juillet : Les équipes de production, mobilisées depuis des semaines, pourront passer le relai à celles de la distribution pour la livraison dans l’hémisphère Nord. Quel que soit le moyen de transport, avion, bateau ou camion, la chaîne du froid sera strictement respectée et les vaccins arriveront en temps et en heure dans les officines. Dès septembre et après nouvel avis de l’OMS, la production reprendra pour l’hémisphère Sud selon le même processus. Sans relâche, les équipes travailleront pour protéger les populations d’une maladie qui tue plus de 600.000 personnes chaque année, selon les estimations de l’OMS.

A la recherche du vaccin plus protecteur

L’une des particularités des virus grippaux est leur étonnante faculté de mutation. Ce qui non seulement complique la tâche du fabricant mais qui peut diminuer l’efficacité du vaccin lorsque la mutation se fait pendant la saison grippale. Nous explorons activement plusieurs des principales stratégies de vaccination antigrippale, pour développer un vaccin plus largement protecteur, conçu pour palier à ces mutations saisonnières. Une recherche qui se fait en interne mais aussi à l’externe notamment avec l'Université de Géorgie, la société BERG, une biotech basée à Boston mais également ave SK Chemicals, basée en Corée du Sud avec laquelle nous avons conclu un accord sur la technologie de culture cellulaire.

« L’objectif ultime, c’est d’obtenir un vaccin vraiment universel ; mais nous pensons, dans un premier temps, pouvoir remplacer le vaccin saisonnier actuel, nécessitant une administration annuelle, par un vaccin plus largement protecteur », nous précise John Shiver, Senior Vice-Président, Recherche et Développement de Sanofi Pasteur « La science, et notamment la R&D sur les vaccins, est un processus itératif. C’est une évolution. »

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Référence

(1) Sanofi Pasteur est l’Entité Globale de Sanofi dédiée aux vaccins