Des études cliniques à l’image de la vraie vie

Sanofi à l’écoute des patients pour tenir compte de leur réalité quotidienne.
Victoria (Vicky) DiBiaso, responsable chez Sanofi du développement de médicaments centré sur le patient, s’intéresse depuis plusieurs années à une double question qui va transformer la conduite de la recherche clinique : comment les patients vivent-ils réellement leur maladie ? Comment ce vécu doit-il orienter la recherche scientifique ?
Pendant longtemps, l’élaboration et la conception des essais cliniques portaient surtout sur ce que la médecine pouvait mesurer : des courbes de survie, des résultats d’analyses de laboratoire et des études d’imagerie. Mais la réalité d’un quotidien avec la maladie –fatigue, bouleversements de vie, arbitrages journaliers – était rarement évaluée.
« On peut avoir des traitements dont les données montrent qu’ils pourraient être prometteurs », indique Vicky. « Mais si le patient concerné se sent toujours mal en point, nous n’avons pas réellement amélioré sa vie. » Cette prise de conscience nous a appris quelque chose de fondamental : pour réussir sur le plan scientifique, il faut absolument pouvoir comprendre la vie au-delà de la clinique.
Redéfinir ce qui compte vraiment dans la recherche clinique
Le tournant s’est en fait produit en oncologie, dès lors que les patients se sont mis à exprimer une préférence qui est venue remettre en question des hypothèses pourtant anciennes.
Pendant des années, nous avons supposé que le plus important était la durée de survie. Or, les malades ont commencé à nous dire qu’ils préféreraient parfois survivre un peu moins longtemps, mais en meilleur état. Les choses ont alors totalement changé.

Victoria DiBiaso
Responsable du développement de médicaments centré sur le patient
Nous avons alors compris qu’il y avait un fossé entre les critères d’évaluation traditionnels et ce qui comptait vraiment pour les patients.
Cette évolution a amené Sanofi à évoluer d’un modèle centré sur le patient – marqué par de l’empathie à son égard – à un modèle axé sur un engagement total du patient, où ce dernier contribue à orienter le travail scientifique dès les toutes premières étapes de la recherche médicale.
Dans ce contexte, Sanofi a résumé plus de dix ans de travaux dans la Charte pour la communauté des patients, rédigée en collaboration avec 80 groupes de patients et d’aidants. Tout a commencé par une question directe aux représentants de malades aux quatre coins du monde : sur quels points souhaiteriez-vous plus de transparence de la part des laboratoires pharmaceutiques ? Les réponses furent précises : combien de programmes font appel à des associations de patients ? Combien avez-vous d’études cliniques ? Vous fixez-vous des objectifs en matière de diversité et si oui, sont-ils atteints ? Et surtout : êtes-vous disposés à rendre toutes ces informations publiques, même quand les résultats ne sont pas aussi bons qu’attendus ?
C’est en 2023 que Sanofi a publié la Charte pour la communauté des patients, qui définit la manière dont les avis et retours des patients sont pris en compte dans les programmes de développement, les essais cliniques et les plans de collecte d’informations probantes. Le fait pour Sanofi de rendre publiques ces données a créé une certaine responsabilité pour tous les pays et toutes les fonctions, en créant une sorte de référence sur la manière dont la notion de partenariat avec les patients doit se traduire dans la pratique.
Intégrer d’emblée le point de vue du patient par la co-création
La révolution a été tangible. Nous avons commencé à tenir compte des avis et retours du patient avant même de commencer à travailler sur la conception de l’étude clinique. Les scientifiques spécialisés dans les résultats cliniques, qui connaissent parfaitement les mesures qui comptent pour les patients, sont associés au processus dès le stade de la recherche préclinique. Ils siègent dans les comités d’élaboration de protocoles et collaborent avec les équipes pour appréhender les facteurs qui impactent la vie quotidienne d’un patient vivant avec telle ou telle pathologie. « Nous démarrons dès le stade préclinique », poursuit Vicky, « et nous nous posons la question de savoir, de l’avis des patients, quel est l’aspect le plus important pour leur qualité de vie ? » Et c’est avec cette information que les équipes de Sanofi choisissent les signaux à rechercher dans les études de Phase 1, bien avant leurs pairs du secteur.
Cette démarche intégrée s’appuie sur le réseau PALADIN, partenariat entre associations de défense des patients et entreprise biopharmaceutiques. Cette initiative a notamment débouché l’élaboration d’un cadre de co-construction de profils de produits cibles (sorte de schéma directeur qui définit les caractéristiques souhaitées d’un nouveau produit médical pour en orienter le développement), un document désormais disponible publiquement qui précise les premières étapes du développement d’un produit.
La prise en compte des retours patients pour toutes les pathologies
L’impact de cette nouvelle démarche est visible dans un grand nombre de domaines de développement, où l’intégration du point de vue du patient a bien contribué à redéfinir le processus de conception des études cliniques et les méthodes de mesure des résultats.
- Dans le cas de la dermatite atopique (DA), Sanofi a travaillé avec des associations de patients pour rédiger avec elles le profil de produit cible sur la base du cadre PALADIN, de sorte que les objectifs en début de développement tiennent compte des éléments dont les personnes vivant avec la maladie déclarent qu’ils ont le plus d’importance dans leur vie quotidienne.
- S’agissant de la drépanocytose, des séances d’écoute des patients ont montré que les crises douloureuses passent souvent inaperçues des milieux cliniques dans la mesure où elles surviennent de manière imprévisible et souvent en dehors de l’hôpital. Pour remédier à ce problème, les équipes de Sanofi ont développé une sorte de « journal électronique de la douleur » permettant aux patients de consigner leurs crises au fur et à mesure de leur survenance, donnant ainsi un tableau plus précis de la maladie. Les patients ont également souligné l’importance de la fatigue, ce qui a aidé les équipes à donner la priorité à des critères d’évaluation liés à la fatigue qui reflètent mieux l’expérience vécue par les malades.
- Dans l’anémie hémolytique auto-immune (AHAI) à anticorps chauds, les patients racontent à quel point il est difficile et épuisant pour eux de devoir faire autant d’allers et retours pour les prises de sang et les visites de suivi. C’est ainsi que les équipes médicales ont décidé de restructurer l’essai afin que certains rendez-vous puissent avoir lieu dans des laboratoires locaux, pour réduire le nombre de déplacements à faire. Sanofi a également ajusté la fréquence de certaines procédures et travaillé avec des laboratoires centraux pour étudier les moyens de réduire de nombre de prélèvements sanguins.
- En oncologie, finalement, les patients ont demandé s’il était réellement nécessaire de procéder à de nouvelles biopsies tissulaires dès lors que l’on dispose déjà d’échantillons de tissus stockés. Cette question a amené les équipes de Sanofi à utiliser effectivement ces tissus existants plutôt que de soumettre les malades à un nouveau prélèvement. La nouvelle procédure s’est rapidement généralisée depuis.
Dans tous ces domaines, la tendance est la même et profondément ancrée : lorsque les patients nous indiquent la manière dont la maladie retentit sur leur quotidien, la science s’aligne sur les réalités de ceux qui vivent avec cette pathologie au quotidien. « Parfois, les retours patients sont simples mais transformateurs. Quand on les écoute attentivement, les patients vous disent comment améliorer la science. »
La voix des patients : au cœur des essais cliniques
Chez Sanofi, nous allons au-delà des critères d’évaluation traditionnels pour co-concevoir des essais cliniques ayant un réel impact pour les patients. Mapillar Dahn-Flemister, mère et aidante de trois filles atteintes de drépanocytose, explique en quoi les retours des patients sont essentiels pour orienter la conception des essais cliniques afin qu’ils reflètent véritablement l’expérience vécue des patients.
Une évolution mondiale : respecter les attentes des autorités de réglementation en matière d’engagement des patients
L’évolution chez Sanofi s’inscrit dans une mutation plus large qui touche les agences réglementaires du monde entier. Aux États-Unis, la FDA renforce ses attentes s’agissant de la prise en compte du patient dans le processus de développement des médicaments, et incite les laboratoires à démontrer clairement la manière dont les avis et les retours des patients entrent dans la conception des études cliniques et dans la sélection des critères d’évaluation. En Europe, l’EMA prend des mesures analogues, publiant des lignes directrices qui renforcent le rôle de l’implication directe des patients dans l’évaluation réglementaire et soulignent l’importance de résultats qui reflètent le vécu des patients, et pas uniquement des mesures cliniques.
En Chine, le mouvement va plus loin encore. Il y a deux ans, le Centre d’évaluation des médicaments (CDE) a publié des directives sur la manière de tenir compte de la voix des patients et de l’intégrer au développement clinique, ainsi que des recommandations détaillées sur la notion d’implication et d’engagement réels et significatifs des patients. Le CDE exige désormais que les évaluations de résultats cliniques utilisées dans les études mondiales soient culturellement validées auprès des populations de patients chinois. Vicky relève à ce propos que de nombreux aspects de ces directives « sont largement inspirés de l’expérience de Sanofi », soulignant la manière dont une implication cohérente et réfléchie des patients peut avoir des répercussions sur les attentes plus générales en la matière des différents systèmes de santé.
L’ensemble de ces évolutions montre à quel point le fait d’entendre et d’écouter les patients n’est plus désormais optionnel ni accessoire. C’est désormais une attente fondamentale de la recherche clinique moderne dans le monde entier.
Avancer grâce à la représentation, l’engagement des associations et la confiance
Le fait d’intégrer systématiquement le partenariat avec les patients signifie également que les laboratoires pharmaceutiques doivent être présents au sein des associations de patients. Sanofi se fixe des objectifs en matière de diversité pour le recrutement de 100 % de ses essais cliniques aux États-Unis, notamment pour des maladies rares comme la drépanocytose et l’AIHA à anticorps chauds.
Dans ce contexte, l’entreprise a co-fondé Reflections, une initiative de collaboration basée à Atlanta entre partenaires pharmaceutiques, sites d’études cliniques, association de défense des patients et équipes de direction locales pour réduire les obstacles à la participation aux essais cliniques. « Il nous fallait être avec les gens, littéralement dans les communautés avec eux, à les écouter », dit Vicky. Dans la première année après la mise en œuvre de ce partenariat, la participation aux essais dans la région d’Atlanta a été multipliée par cinq.
Le Réseau SCAN ou Réseau d’alliance communautaire de Sanofi permet d’entretenir ces relations tout au long de l’année en participant à des réunions de patients, en soutenant des initiatives de défense et en discutant de la recherche clinique dans des cadres communautaires familiers. « Ce n’est pas quelque chose que nous faisons au hasard », souligne Vicky. « C’est ancré dans notre façon de travailler. »
Une direction pour l’avenir
de soins proactive ? L’objectif est d’accélérer la science tout en maintenant la rigueur et l’inclusivité, et de construire des systèmes qui préviennent les désalignements avant qu’ils ne se produisent.
Ce type de changement prend du temps, et Sanofi suit ses progrès avec soin. Au fil des années, le nombre d’optimisations de protocoles (modifications apportées après l’examen par les patients) a régulièrement diminué. Pour Vicky, cette tendance à la baisse n’est pas synonyme de moins d’actions ; c’est faire les choses bien dès le départ. « Nous avons constaté une réduction parce que nous avons écouté et appris », dit-elle. « Nous prévenons les erreurs au fil du temps. »
La question n’est plus de savoir si les voix des patients ont leur place dans le développement clinique ; cela est acquis. Alors que nous envisageons l’ensemble du parcours de développement de nouveaux médicaments, le défi devient de savoir à quel point ces partenariats peuvent être systématiquement intégrés à chaque maladie, chaque région et chaque étape de la prise de décision.
Car pour de nombreux patients, le choix ne devrait jamais être entre des traitements qui prolongent la vie et des traitements qui rendent la vie digne d’être vécue. Ils devraient avoir les deux.
Pour contribuer à l’avancement de la recherche, renseignez-vous sur nos essais cliniques et sur la façon dont vous pouvez vous porter volontaire sur SanofiStudies.com.