Médicaments falsifiés: une activité criminelle qui met en danger la vie des patients



Aujourd’hui, les médicaments falsifiés ne connaissent pas de frontière. Un produit falsifié peut être fabriqué en Chine ou en Inde, exporté vers la Grande-Bretagne et s’infiltrer via un grossiste dans la chaîne de distribution légale, ou être acheté sur Internet en n’importe quel point de la planète. Le trafic de médicaments falsifiés existe partout dans le monde et concerne autant les médicaments princeps que les génériques.

Médicaments génériques, vaccins, antirétroviraux, antipaludéens, le trafic de médicaments falsifiés touche toutes les classes thérapeutiques. C’est aujourd’hui une activité criminelle très lucrative qui fait des centaines de milliers de victimes.
L'Institut international de recherche anti-contrefaçon de médicaments (IRACM) estime que 1 000 dollars investis dans des médicaments falsifiés rapporteraient un bénéfice de 500 000 dollars contre 20 000 dollars pour le trafic d'héroïne, soit un bénéfice 25 fois plus élevé.

Pourtant, la lutte contre les médicaments falsifiés ne date pas d’hier. Dans les années 80, l’OMS mettait déjà l’accent sur la nécessité d’améliorer l’accès des pays défavorisés à des médicaments de qualité, la question de la falsification de médicaments était sous-jacente.

Les médicaments falsifiés peuvent provoquer chez les patients des complications, des résistances, et parfois conduire à la mort. Entre 1990 et 2006, en Afrique, en Amérique latine et aux Caraïbes, plus de 1000 personnes dont des enfants traités avec un sirop contre la toux falsifié sont morts empoisonnés au diéthylène glycol.

Le problème de la falsification de médicaments prend de l’ampleur. L’expansion de ce phénomène a été largement favorisée par le développement d’Internet mais aussi par la faiblesse des sanctions encourues par les contrefacteurs.

En 2016, en Indonésie: Sanofi a lancé une enquête qui a permis de démanteler quatre laboratoires clandestins (falsification, vaccins périmés réétiquetés…) ainsi qu’un réseau de criminels actif depuis 2003 dont les profits s’élevaient à 25 000 euros par mois.

La même année, au Mexique, cinq laboratoires ont partagé une campagne de détection dans 72 pharmacies pour trouver des produits falsifiés dans les gammes cardiovasculaire et diabète. Cette démarche commune a permis de présenter collectivement les résultats aux autorités de santé et de police afin de les inciter à intervenir contre les réseaux criminels impliqués et renforcer le contrôle des circuits de distribution.

Ce commerce criminel très lucratif a été facilité par le développement d’Internet, qui est devenu le vecteur privilégié pour les contrefacteurs de médicaments. Plus de 90% des pharmacies en ligne sont illicites (selon the National Association of Boards of Pharmacy, 2017) et plus de 60% des médicaments falsifiés sont envoyés par la poste.

Les sites Web illicites sont construits de la même manière qu'un site d'achat légal. Certaines personnes vont acheter des médicaments en ligne parce que les produits sont moins chers ou introuvables dans leur pays. Dans certaines parties du monde, il faut savoir que l'achat de médicaments représente en effet une dépense importante dans le budget familial. Internet est un moyen d’accéder librement à toutes sortes de médicaments, même sans prescription.

« Cette criminalité pharmaceutique prospère et génère des profits élevés. L'attractivité financière est très forte et des organisations criminelles de toutes tailles sont impliquées dans ce trafic », selon Geoffroy Bessaud, Associate Vice-President, Corporate anti-counterfeiting coordination Corporate Security.

Le chiffre d’affaires généré par ce trafic illégal est estimé à au moins 10 à 15 % du marché mondial, soit 100 à 150 milliards de dollars, voire 200 milliards selon une étude du Forum économique mondial. Un chiffre qui a quasiment triplé en 1 an.

Infographie à propos de la criminalité qui prospère et génère des profits élevés

Les criminels profitent du fait qu'à l'inverse du trafic de stupéfiants, le commerce de faux médicaments demeure largement impuni dans le monde.

Alors qu'il est responsable de centaines de milliers de morts par an dans le monde, le trafic de médicaments falsifiés est considéré comme une simple infraction de violation de la propriété intellectuelle, selon l'IRACM. En effet, dans certains pays, les lois sont parfois obsolètes et peuvent nécessiter des révisions pour s'adapter à la nature complexe de la criminalité pharmaceutique et à son expansion.

« Tandis qu’un nombre croissant de personnes achètent chaque jour des produits en ligne, notamment des médicaments, les malfaiteurs en profitent pour réaliser des bénéfices et, ce faisant, mettent des vies en danger », a déclaré le Directeur exécutif des Services de police d’INTERPOL, M. Tim Morris1.

Alors que la situation a légèrement évolué au cours des 5 dernières années, plusieurs pays appliquent encore des sanctions faibles et non dissuasives comme au Sénégal où 10 personnes ont été arrêtées dans une opération gouvernementale visant la vente illégale de drogues sur les routes publiques. 850 kg de produits ont été saisis. Les revendeurs eux-mêmes ont été arrêtés et sont allés au tribunal pour, entre autres, l'exercice illégal de la profession de pharmacien. Le président de la cour a condamné sept accusés à un mois de prison2.

Un rapport de la Commission européenne publié fin janvier 2018 met encore en évidence des disparités importantes entre les Etats de l'Union européenne (UE) et ailleurs, l'adoption d'une législation harmonisée et dissuasive par les Etats de l'UE est essentielle pour une lutte efficace contre les médicaments falsifiés.

En France, par exemple :

  • La Peine maximale contre le trafic de faux médicaments est de 7 ans de prison et 750 000 € d'amende
  • La Peine maximale contre le trafic de drogue est de 10 ans de prison et une amende de 7 500 000 €

Pour lutter contre ce phénomène et permettre une coopération internationale efficace et protéger les patients, le Conseil de l'Europe a élaboré le premier traité international contre la contrefaçon de produits médicaux, à savoir la Convention MEDICRIME établissant des infractions spécifiques et un cadre de coopération nationale et internationale. Alors que cette convention a été ouverte aux États membres et non membres en 2011, le succès est malheureusement atténué puisque seulement 13 pays l'ont ratifiée jusqu'à présent.

« Un trafic sans frontière qui menace la santé publique mondiale »

Infographie à propos des médicaments falsifiés à travers le monde

Il est difficile d’identifier quantitativement la proportion des médicaments falsifiés sur le marché mais on sait que l’incidence de la falsification de[s] médicaments représenterait moins de 1% du volume du marché dans la plupart des pays industrialisés, contrairement aux pays d’Afrique, certaines régions d’Asie, ou en Amérique latine où on atteindrait les 30%.

  • Les pays en développement sont les plus touchés, c’est un véritable fléau pour les populations en Afrique. Les médicaments contre le paludisme falsifiés seraient responsables de plus de 120 000 décès d’enfants en 20133.
  • L’Asie, en particulier l’Inde et la Chine, sont les plus gros producteurs et fournisseurs de faux médicaments. 20 % des médicaments en vente sur le marché national et 35 % de ceux fabriqués en Inde et écoulés sur tous les continents sont toujours non conformes aux règles en vigueur selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « Ce constat est d’autant plus désastreux qu’ils affectent en premier lieu les populations les plus vulnérables », relevait l’OMS au printemps 2017.
  • Il est ainsi estimé que 75 % des médicaments falsifiés dans le monde proviendraient de Chine et d'Inde en transitant par les ports francs du Moyen-Orient afin de dissimuler leur origine. Ce trafic s'opère essentiellement à destination des pays émergents à faible niveau de vie où les circuits de distribution sont peu contrôlés et où le taux de remboursement est faible4.
  • L’Europe et les Etats-Unis ne sont pas épargnés. Ils interceptent régulièrement des cargaisons de faux produits. 90% des faux médicaments saisis par les douanes en Europe en 2016 provenaient de Chine ou d’Inde.

Sanofi s’engage dans la lutte contre les faux médicaments

En 2008, Sanofi a créé à Tours (France) un laboratoire dédié à l’analyse des médicaments suspectés d’être des contrefaçons. Ce laboratoire, à la pointe de la technologie, est aujourd’hui une référence mondiale.

« Nous devons disposer des outils adéquats pour lutter contre ce phénomène, et le Laboratoire Central Anticontrefaçon est certainement l'un des plus avancés », explique G. Bessaud, Associate Vice-President, Corporate anti-counterfeiting coordination Corporate Security.

En 10 ans, plus de 37 000 produits suspects venus du monde entier ont été répertoriés au Laboratoire Central Anticontrefaçon. Une partie a été collectée par les collaborateurs de Sanofi dans les pharmacies, les hôpitaux ou sur Internet.

« Dès lors que la contrefaçon est avérée, Sanofi alerte les autorités Locales », souligne G. Bessaud.

En 2016, les policiers indonésiens ont démantelé un trafic de faux vaccins commercialisés sous la marque Sanofi. Distribués dans les hôpitaux et centres de santé de l’archipel depuis 2003, ils ne contenaient pas de substances dangereuses, mais les enfants auxquels ils étaient injectés n’étaient pas immunisés contre des maladies graves comme la poliomyélite.

« Les contrefacteurs sont des hommes d’affaires. Ils exploitent toutes les opportunités : pénuries, nouveautés, marques les plus recherchées. Ils copient même les molécules encore en phase de recherche », observe Geoffroy Bessaud. Les tendances changent : « Il y a dix ans, c’étaient plutôt des comprimés. Désormais, 40 % des faux médicaments sont des injectables : vaccins, insuline, etc. »

La base de données constituée par le groupe comprend la signature chimique de tous les échantillons, ce qui lui permet d’établir des rapprochements lorsque de nouveaux médicaments lui sont envoyés.

Références

  1. https://www.interpol.int/fr/Centre-des-m%C3%A9dias/Nouvelles/2017/N2017-119/
  2. IRACM - 1er août 2017
  3. https://www.fic.nih.gov/News/Pages/2015-global-pandemic-of-fake-medicines-poses-urgent-risk.aspx
  4. Rapport OCDE « overview of global counterfeit medicines », 2014