Impact de la COVID-19 sur le cancer

Le chaos que la pandémie de COVID-19 a engendré continue de perturber la vie quotidienne, mais dans des proportions et avec des conséquences beaucoup plus profondes et importantes pour les patients atteints d’un cancer, qui ont besoin d’un traitement continu. Les hôpitaux et les cliniques ont réorganisé leurs ressources quotidiennes pour pouvoir faire face à l’afflux de patients atteints de COVID-19, obligeant les patients cancéreux à peser les bénéfices potentiels de recevoir leur traitement sur place à l’aune des risques que soulève une éventuelle contamination par le coronavirus.

Dans les 155 pays où l’Organisation mondiale de la Santé a enquêté, plus de la moitié ont différé les programmes de dépistage organisés du cancer, comme ceux du cancer du sein et du col de l’utérus – et le nombre de patients adressés en urgence en oncologie a chuté de 60 % en Angleterre au mois d’avril, comparativement au même mois de l’année précédente1, 2

Les conséquences d’un diagnostic tardif pourraient être importantes. De fait, on prévoit 6 270 décès par cancer supplémentaires en Grande-Bretagne dans le courant de l’année à venir, soit une augmentation de 20% – et 33 890 décès supplémentaires aux États-Unis3. Selon un modèle de prédiction, le recul du dépistage pourrait, aux États-Unis seulement, se solder par un retard dans le diagnostic de 80 000 cas des cinq formes de cancer les plus fréquents au cours du trimestre terminé le 5 juin dernier4

Selon un modèle « conservateur » du National Cancer Institute (NCI), à cause de ces retards de diagnostic, les décès par cancer du sein et du côlon, qui représentent un sixième de la mortalité totale par cancer, pourraient augmenter de 1 % par an aux États-Unis, soit 10 000 décès de plus par an, entre 2020 et 20305

Les experts précisent que ces chiffres sont sujets à changement en fonction de l’évolution de la pandémie.  

« Ces prévisions reposent sur l’expérience des trois ou quatre derniers mois, mais nous n’avons aucune estimation en cas de nouveau pic ou de deuxième vague de la pandémie ».

Zsuzsanna Devecseri

Une chose est certaine, nous payons le prix fort, pas seulement à cause du coronavirus, mais aussi en termes d’impact sur les patients cancéreux actuels et futurs et sur leurs chances de survie.

Zsuzsanna Devecseri, Responsable des Affaires Médicales de la franchise Oncologie Globale

Le NCI s’inquiète plus particulièrement des cancers détectés à un stade avancé, qui nécessitent des traitements plus agressifs et coûteux et dont l’évolution est souvent très défavorable5.

Le dépistage précoce est essentiel pour le traitement du cancer. Ainsi, dans le cas du cancer du col de l’utérus, le taux de survie à cinq ans s’établit à 92 % s’il est diagnostiqué avant qu’il ne se soit étendu, mais à seulement 17 % s’il l’est à un stade avancé6

Pendant la pandémie de COVID-19, le dépistage du cancer a fortement chuté : celui du col de l’utérus a reculé de 68 % aux États-Unis au cours des 15 premières semaines de 2020 et celui du cancer du sein de 17 %, avec un recul encore plus marqué dans les régions où les cas de contamination par le coronavirus étaient les plus nombreux7

Penser les risques et les bénéfices autrement

En plus des occasions manquées de dépistage de nouveaux cancers, la pandémie a donné aux questions fondamentales sur le traitement du cancer une dimension à la fois nouvelle et significative. Certains médecins doivent désormais décider si la prévention/le traitement de la COVID-19 doivent primer sur le traitement du cancer, tandis que les patients doivent décider si les risques inhérents potentiels justifient qu’ils renoncent à un traitement. 

« Je suis habitué à la peur primale, mais je n’ai jamais vu un tel degré de panique parmi mes patients que durant l’épidémie de SARS-CoV-2 », a écrit Mark A. Lewis, un oncologue de l’Utah dans un article récent paru dans le New England Journal of Medicine.8 

« C’est une décision pratiquement impossible à prendre », précise le Dr Devecseri. « Nous devons nous mettre dans la peau des oncologues ; nous devons imaginer ce qu’il se passe dans la pratique clinique, car nul ne peut remplacer le médecin traitant qui se tient aux côtés de ses patients. »   

« Il est de notre responsabilité de fournir toutes les informations sur nos médicaments, pour permettre aux médecins de peser le pour et le contre, d’évaluer et de décider si nos traitements doivent être utilisés et comment. »   

De telles décisions et leurs conséquences potentielles peuvent exercer une charge mentale et émotionnelle considérable sur les médecins comme sur les patients. 
 
« C’est difficile pour les patients », poursuit-elle. « Ils ne sont pas médecins et ne comprennent pas tout du cancer ou de la COVID-19 — mais les médecins doivent quand même décider avec leurs patients de la meilleure décision à prendre. » 

S’ajuster à une nouvelle réalité

La communauté du cancer – les personnes atteintes d’un cancer, celles qui sont en rémission ou qui sont considérées comme guéries, les médecins, les familles, les aidants et les chercheurs – prend des mesures pour s’ajuster. Les traitements à domicile remplacent certaines interventions en milieu hospitalier ; les essais cliniques de nouveaux médicaments, qui représentent souvent la seule option thérapeutique, ont été modifiés pour éviter la contamination et la télémédecine, qui a connu un véritable essor pendant la pandémie, permet de conserver un lien vital entre les patients cancéreux et leurs médecins.

Les aménagements auxquels le coronavirus a donné lieu pourraient interférer avec les protocoles actuels, mais les chercheurs sont optimistes et pensent que certains changements pourraient être intégrés aux futures études, comme le recours à la signature électronique des formulaires de consentement ou l’expédition directe des médicaments à prendre par voie orale aux patients.

Pour être aussi efficace que les évaluations en présentiel, la télémédecine devra être perfectionnée car les oncologues se fient souvent à de subtils indices visuels, comme la manière de se mouvoir des patients ou les expressions qui trahissent une douleur – autant de signes qu’il n’est pas toujours facile de percevoir en ligne. 

« Avec la télémédecine, il faut poser plus de questions et réaliser plus d’évaluations et il faut aussi poser les questions différemment — mais ce sont là des connaissances et une méthodologie qui n’ont pas encore été développées », précise le Dr Devecseri. « La plupart du temps, nous ne pensons pas avec qui vivent les patients, à la manière dont ils vivent, à leur existence quotidienne. Nous ne savons pas s’ils doivent sortir, s’ils peuvent rester chez eux et nous ignorons tout de leur réseau social. »  

Tout cela nous rappelle que les patients atteints de cancer ne se résument pas à leur maladie. 

« Ce que la COVID-19 a fait ressortir, surtout en oncologie, c’est la nécessité de prendre davantage en compte l’environnement du patient – les oncologues ne traitent pas vraiment le cancer, ils traitent des patients. Il n’est pas juste question de maladie, mais bien d’aider les patients cancéreux à vivre leur vie », conclut-elle. 

 

Références

1 https://www.who.int/news-room/detail/01-06-2020-covid-19-significantly-impacts-health-services-for-noncommunicable-diseases, consulté en juillet 2020
2 https://www.bmj.com/content/369/bmj.m2386, consulté en juillet 2020
3 https://www.researchgate.net/publication/340984562_Estimating_excess_mortality_in_people_with_cancer_and_multimorbidity_in_the_COVID-19_emergency, consulté en juillet 2020
4 https://www.iqvia.com/insights/the-iqvia-institute/covid-19/shifts-in-healthcare-demand-delivery-and-care-during-the-covid-19-era, consulté en juillet 2020
5 https://science.sciencemag.org/content/368/6497/1290, consulté en juillet 2020
6 https://www.cancer.org/cancer/cervical-cancer/detection-diagnosis-staging/survival.html, consulté en juillet 2020
7 https://knowledge.komodohealth.com/hubfs/white-papers/research-briefs/Komodohealth-covid19-2020-04-28.pdf, consulté en juillet 2020
8 https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMp2006588, consulté en juillet 2020

Covid-19

La lutte contre la COVID-19

Ce site utilise des cookies pour mesurer son audience et nous permettre d’améliorer votre expérience utilisateur. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de ces cookies.

En savoir plus
OK