Saison grippale : parer aux risques imprévisibles d’un phénomène prévisible



Saison grippale : parer aux risques imprévisibles d’un phénomène prévisible

Dr Rosalind Hollingsworth, Responsable, Affaires Médicales Globales, Vaccins contre le grippe, Sanofi Pasteur.

L’automne est là : les enfants ont repris le chemin de l’école, les feuilles des arbres se parent de couleurs flamboyantes et les potirons envahissent les étals des marchés. Oui, l’automne est bien de retour et avec lui, la saison de la grippe qui devrait bientôt débuter dans l’hémisphère Nord.    

Contrairement à d’autres événements saisonniers cependant, la grippe revêt souvent un caractère très imprévisible. 

La plupart d’entre nous savent que la grippe peut nous clouer quelques jours au lit et que l’on peut  se rétablir en moins de deux semaines. Nous savons aussi que certaines personnes sont plus à risque, à la fois de contracter une infection grippale sévère et de présenter des complications, comme une pneumonie. Il s’agit en particulier des jeunes enfants, des personnes âgées, des femmes enceintes et des personnes atteintes de maladies chroniques comme l’asthme, le diabète ou encore une maladie cardiovasculaire. 

Nul en revanche ne peut savoir avec précision sur qui la grippe aura les pires conséquences, ni de quelle nature elles seront. En effet, les adultes actifs - par ailleurs en bonne santé - peuvent être vulnérables aux conséquences de la grippe. Ainsi, chez les adultes en bonne santé, il se trouve que, sous l’effet d’une infection grippale, les problèmes cardiaques de type accident vasculaire cérébral ou infarctus du myocarde culminent pendant la saison grippale1.  

Et c’est précisément parce que l’imprévisibilité de la grippe est prévisible que la vaccination revêt autant d’importance.  L’Organisation Mondiale de la Santé, les CDC (Centers for Disease Control and Prevention) des États-Unis et les autorités de santé de multiples pays dans le monde recommandent la vaccination car il s’agit tout simplement du meilleur moyen de prévenir la grippe et de réduire le risque de complications graves.    

L’efficacité du vaccin antigrippal varie selon les années et dépend également de l’âge de la personne vaccinée,  de son état de santé et du caractère imprévisible de la souche du virus de la grippe en circulation (à chaque saison grippale, quatre souches virales peuvent être en circulation et il est difficile de prédire laquelle sera dominante -- d’autant plus que cela peut varier d’un pays à l’autre, d’une saison à l’autre et au cours d’une même saison). Malgré cette variabilité, la vaccination peut nous empêcher de contracter la grippe, réduire sa sévérité chez les personnes vaccinées mais infectées et éviter le risque d’hospitalisation et même de décès. La vaccination peut aussi contribuer à éviter certaines des complications graves de la grippe. Dans une étude menée auprès d’adultes de plus de 65 ans - dont la grande majorité n’était pas considérée comme particulièrement à risque de complications grippales sévères -, la vaccination contre la grippe a été associée à des réductions significatives du risque de mortalité par accident vasculaire cérébral et par maladie cardiaque de respectivement 65 % et 22  %2.  

De plus, dans de nombreux pays, les personnes auxquelles on recommande de se faire vacciner contre la grippe peuvent l’être dans le cadre de programmes de santé publics ou par le biais de leur assurance maladie privée : partout dans le monde, les assureurs recommandent la vaccination pour prévenir les complications pouvant occasionner de coûteuses dépenses, notamment en séjours hospitaliers.     

Et même sans assurance maladie, il est toujours possible, pour une somme relativement modique, de se prémunir de la grippe en se faisant vacciner.    

Je suis fière de travailler avec une équipe qui, chaque année, développe, produit et distribue des millions de doses de vaccins pour que tous ceux qui veulent se faire vacciner puissent le faire.  Mais nous pourrions faire encore beaucoup plus. Nous travaillons fort, tant sur le plan scientifique que médical, pour développer des vaccins antigrippe encore plus performants, et nous étudions également le rôle que peuvent jouer les nouvelles technologies de fabrication pour nous aider à y parvenir. À plus long terme, nous cherchons à développer un vaccin dirigé contre un plus grand nombre de souches du virus grippal - en plus des trois ou quatre souches déjà incluses dans nos vaccins actuels. La formulation d’un tel vaccin n’aurait plus besoin d’être modifiée chaque année pour s’assurer qu’elle comporte les souches circulantes, et le vaccin pourrait potentiellement être administré une seule fois et offrir une protection pendant plusieurs saisons grippales. 

Mais dans l’immédiat, cet automne, nous pouvons tous faire plus. Nous pouvons continuer de sensibiliser notre entourage aux dangers de la grippe et au rôle que peut jouer la vaccination dans la réduction des risques. 

Personnellement, je m’inquiète pour tous ceux et celles qui risquent de contracter la grippe cette année, et plus particulièrement pour les personnes âgées, comme ma propre mère, qui sont globalement en bonne santé, se portent bien et profitent de leur retraite et de leurs petits-enfants. Chez ces personnes, la vaccination annuelle contre le grippe est un moyen de mettre toutes les chances de leur côté -  un moyen d’éviter la grippe et surtout, une chance de se prémunir à plus long terme des conséquences que ce virus imprévisible peut parfois avoir sur leur vie.

 

Références

 
  1. Kwong, Jeffrey C. et al N Engl J Med 2018;378:345-53. DOI: 10.1056/NEJMoa1702090
  2. Wang CS, et al. Vaccine. 2007;25(7):1196-1203